Salman Khan TED classe inversee
Salman Khan en 2011

Je vous présente aujourd’hui une intervention de Salman Khan, qui a radicalement et durablement marqué ma vision de l’école.

Il y parle de la réussite scolaire et de l’envie d’apprendre des enfants.

Son discours a été pour moi une révélation sur ce qui cloche à l’école aujourd’hui.

Mais surtout, il apporte la preuve par une expérience inédite de ma conviction en matière d’éducation : chaque élève a la capacité de réussir à l’école.

Cette intervention de Salman Khan est une conférence TED. Avec un compteur à plus de 4 millions de vues, elle fait partie des vidéos les plus populaires sur les questions d’éducation. Et elle fait vraiment partie de ces interviews d’experts qui font bouger l’éducation aujourd’hui et que je veux partager avec vous sur Parents du 21ème siècle.

Points clés développés dans cet article
Parmi les 6 attitudes de la réussite
Autres attitudes pour s’épanouir et réussir
Difficultés du quotidien

La singulière histoire de Salman Khan

En 2005, Salman Khan est analyste dans un hedge fund à Boston. Sur son temps libre, il fait du soutien scolaire pour ses cousins basés à la Nouvelle-Orléans. Alors, pour simplifier les communications, il fait un montage vidéo des cours de maths et les poste sur YouTube.

Ces vidéos, qui sont visibles de tous, commencent à trouver une audience grandissante, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde entier.

Voici un témoignage qu’il reçoit un jour :
« Mon fils de 12 ans est autiste et a connu une époque épouvantable avec les maths. Nous avons tout essayé, tout vu, tout acheté. Nous sommes tombés sur votre vidéo sur les nombres décimaux et il a compris. Ensuite, nous avons parcouru les fractions tant redoutées. Encore une fois, il a compris. Nous n’en croyions pas nos yeux. Il adore ça ! »

Khan Academy classe inverseeSalman Khan en est tout étonné !

« Et je me suis retrouvé un jour, moi l’analyste de hedge fund, à faire quelque chose qui avait une utilité sociale »

Derrière l’histoire de Salman Khan, se cache un profil universitaire solide : ingénieur diplômé du MIT, MBA de Harvard Business School.

En 2006, il démissionne de son poste d’analyste et fonde la Khan Academy, une ONG proposant des cours en ligne et des exercices entièrement gratuits.

Il affiche désormais une ambition : rendre accessible gratuitement à tous, où qu’ils se trouvent sur la planète, une éducation de très haut niveau, pour les élèves du primaire à l’université.

En plus des vidéos expliquant les concepts du programme scolaire, se trouvent des exercices en ligne pour que les enfants s’entraînent jusqu’à ce qu’ils maîtrisent le concept présenté dans la vidéo.

Ce qui s’est passé avec ses vidéos-tutoriels de maths

Le succès de ses cours en ligne a fait faire plusieurs découvertes à Salman Khan, dont 2 me semblent particulièrement intéressantes :

1. « Mes cousins m’ont dit qu’ils me préféraient en YouTube qu’en personne »

Au-delà de la (légère) blessure d’ego, ce que Salman Khan en retient d’intéressant pour les apprentissages scolaires, c’est que la vidéo que l’enfant suit à son rythme présente en effet toute une série de bénéfices. Car l’enfant peut :

  • mettre en pause et répéter autant de fois qu’il en a besoin, sans avoir le sentiment de faire perdre son temps au prof ou à ses parents
  • revenir voir une vidéo sur un concept qu’il aurait dû apprendre il y a 2 semaines (ou il y a 2 ans !) sans honte et sans crainte d’entendre une remarque désobligeante. Il n’a pas à avouer son crime 😉
  • avancer plus vite s’il s’ennuie
  • rester concentré pendant qu’il réfléchit pour essayer de comprendre, car il évite d’avoir à répondre en même temps à la traditionnelle question « Tu as compris ? »
2. Des enseignants se sont mis à lui écrire en expliquant qu’ils utilisaient ses vidéos pour leur classe

Qu’ils avaient réorganisé leurs cours en donnant les vidéos à leurs élèves à regarder en devoirs à la maison. Et qu’ils faisaient désormais les exercices en classe. Bref, ils avaient inversé la traditionnelle logique de donner un cours magistral à l’école et des exercices à faire à la maison.

L’école traditionnelle, c’est comme si on apprenait le vélo aux enfants… sans pédaler

Classe inversee apprendre maths velo
Et s’il était aussi impliqué en maths ?

Salman Khan utilise une métaphore sur la façon dont on transmet les connaissances traditionnellement à l’école – particulièrement en maths – que je trouve extrêmement parlante :

« C’est comme si on donnait aux enfants un cours théorique sur le vélo. Puis on leur donnerait un vélo pour s’entraîner pendant 15 jours à la maison.

Et puis 15 jours plus tard, on revient pour les évaluer « Ca va dans les lignes droites. Un peu de mal à tourner à gauche. Pas très à l’aise dans le freinage.

Bon tu es un cycliste à 80%. Je te donne 14/20. Maintenant, voici un monocycle »

Cela peut paraître fou, et pourtant en y réfléchissant c’est bien ce qui se passe en classe aujourd’hui. Salman Khan le résume d’une formule sévère :
« Le modèle traditionnel pénalise l’expérimentation et l’échec, mais il n’attend pas la maîtrise »

Ce qu’il montre avec la Khan Academy, c’est qu’on peut faire autrement !

« Notre modèle consiste à apprendre les maths comme vous apprenez n’importe quoi, comme vous apprendriez à faire du vélo. Restez sur ce vélo. Tombez de ce vélo. Faites-le autant que nécessaire jusqu’à ce que vous le maîtrisiez. Nous vous encourageons à expérimenter. Nous vous encourageons à échouer. Mais nous attendons vraiment que vous réussissiez »

Et si la réussite en maths dans l’école traditionnelle était une loterie ?

En 2010, la Khan Academy a poussé plus loin l’exercice en débutant une expérimentation avec 4 classes d’une école de Los Altos aux Etats-Unis : 2 classes de CM2 et 2 classes de 4ème.

Les élèves ont commencé à suivre tout le programme obligatoire de maths, en ligne avec la Khan Academy. Chaque élève progresse donc entièrement à son rythme.

Et là, l’équipe a fait une découverte qui pourrait bien changer votre vision de la réussite à l’école :

  • Quand on regarde à un instant T, un groupe d’enfants A progresse vite : ceux qu’on serait tentés d’étiqueter « brillants », ceux qu’on serait tentés par exemple de faire sauter une classe. Et un groupe d’enfants B progresse plus lentement : ceux qu’on serait tentés d’étiqueter comme « lents » « en difficulté »
  • Mais ce que l’on constate en regardant à l’instant T+1, c’est qu’une fois que les enfants du groupe B ont intégré ce concept X qui leur posait difficulté, ils ont accéléré pour rattraper et dépasser les enfants du groupe A, qui eux sont en train de mettre plus de temps à intégrer le concept Y.
  • Cette dynamique va se reproduire encore et encore au cours de l’année scolaire et s’observe dans toutes les classes.

La conclusion de cette expérimentation est absolument radicale : dans le modèle traditionnel où tous les enfants suivent le même cours au même rythme « il se pourrait que ceux d’entre nous qui ont été étiquetés « brillants » « comprend vite » aient simplement bénéficié d’un hasard de calendrier »

Tout ça est bien joli, mais est-ce que ça peut s’appliquer à l’école en France ?

Classe inversee FranceSalman Khan a fait partie des pionniers qui ont introduit le concept de « classe inversée ».

En France, je vois sur Twitter de plus en plus d’enseignants partager leur expérience de classe inversée.

Il s’agit là encore de pionniers, qui expérimentent dans leur classe, sans que cela soit réellement accompagné par l’institution afin d’en mesurer scientifiquement les effets.

Maintenant, cette pratique pourrait-elle se généraliser ?

Sur un plan pratique, cela ne me semble pas poser de vraie difficulté dans la mise en œuvre :

  • les outils informatiques existent et sont gratuits ou peu coûteux
  • cela demande peu de formation supplémentaire des enseignants. Ceux-ci ont en effet déjà la triple compétence pour 1. donner des cours magistraux, 2. répondre aux questions des élèves qui n’ont pas compris et 3. corriger ou expliquer la démarche de résolution des exercices

La classe inversée ne pose pas non plus de difficulté pour mesurer les progrès des élèves au cours de l’année. Salman Khan montre dans sa conférence les tableaux de bord mis en place avec les enseignants pour mesurer les progrès des élèves. Donc les outils existent, ils sont faciles à mettre en place, gratuits, et les résultats peuvent se mesurer objectivement.

En revanche, sur un plan sociologique c’est une révolution dont il ne faut pas sous-estimer la profondeur, et donc la difficulté !

Dans les pays occidentaux, et en France en particulier, le maître c’est celui qui détient le savoir théorique. Lorsqu’on interroge les enseignants, les professeurs sur leur mission première, ils répondent à une écrasante majorité « transmettre des savoirs ».

Et lorsqu’on regarde de plus près, traditionnellement, la mise en application et l’appropriation du savoir par les élèves relève d’autres figures de l’enseignement :

  • dans l’aristocratie ou dans les familles bourgeoises, les enfants avaient des répétiteurs, souvent de jeunes étudiants.
  • aujourd’hui, le même étudiant reste une figure incontournable du soutien scolaire
  • à l’université, les travaux pratiques sont assurés par des assistants

A défaut, est-ce que je peux le faire à la maison avec mon enfant ?

Et pourquoi pas ! En attendant que cette approche se diffuse à l’école, vous pouvez bien sûr la tester avec votre enfant et voir si ça fonctionne pour lui.

La Khan Academy est à l’origine à 100% en anglais et adaptée au programme scolaire américain. Mais il y a une bonne nouvelle : elle est en cours d’adaptation en français !

Aujourd’hui, 95% du programme de maths a été traduit en français et 100.000 exercices sont disponibles… ça fait de quoi démarrer 😉

Si vous voulez regarder de plus près, ça se passe par ici.

Comment ça se passe chez vous ?

Votre enfant bénéficie-t-il d’un enseignement en classe inversée à l’école ? Utilisez-vous déjà des vidéos trouvées sur Internet pour aider votre enfant à faire ses devoirs ?

Partagez votre expérience et vos astuces dans les commentaires !

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Pour voir la conférence de Salman Khan sous-titrée en français, cliquez sur l’image ci-dessous :

 

Crédit photo : TED, Khan Academy, kaliantye, Parents du 21ème siècle

2 comments on “« L’école n’a pas vocation à faire progresser les élèves »”

  1. Ah merci =) !!!
    ça me semble tellement évident une telle technique d’apprentissage, que l’inverse (méthode actuelle) est complètement improbable.

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