Pendant 6 mois, j’ai eu la chance de participer bénévolement à la vie d’une association parisienne accueillant des enfants après l’école.

Le principe était vraiment chouette : une fois par semaine, aller chercher les enfants à la sortie des écoles du quartier, les accompagner jusqu’aux locaux de l’association où un goûter leur était servi. Ensuite, c’était 30 minutes de devoirs encadrés puis des ateliers artistiques jusqu’à l’arrivée des parents en début de soirée.

Paul, l’enfant agressif qui pose problème…

Enfant agressif réponse efficace
Que faire face à un enfant agressif ?

Là comme partout ailleurs, je ne tarde pas à me rendre compte qu’il y a L’ENFANT qui pose problème.

Vous voyez, cet enfant qui suscite tour à tour chez les adultes qui en ont la charge la colère, le découragement, l’envie que cet enfant soit partout ailleurs mais PAS là ?

L’enfant qui est mis à part et moqué par les autres ?

Cet enfant, c’est Paul (le prénom a été modifié pour respecter l’anonymat.)

J’ai rejoint l’association en cours d’année scolaire, et il ne me faut pas longtemps pour réaliser que quelque chose cloche avec Paul.

A la sortie de l’école, la plupart des enfants sont contents de rejoindre l’association. Ils racontent leur journée, posent des questions sur les activités du soir, et attendent patiemment que le groupe soit au complet pour partir.

Mais pas Paul. Lui se met dans un coin, se renfrogne. Et au moment de partir, c’est à chaque fois la même scène : il s’accroche aux bancs, aux portes, aux grilles de la sortie de l’école pour ne pas venir.

Il faut que l’animatrice responsable du groupe le tire par les vêtements, alterne douceur et menaces pour qu’il finisse par se mettre en route de mauvaise grâce.

Bien sûr, pendant ce temps, tout le groupe s’impatiente, on arrive en retard au goûter, les autres enfants sont exaspérés et le font bien payer à Paul.

Préoccupée par ce comportement et me disant que ça ne peut pas durer très longtemps comme ça, je vais me renseigner auprès du directeur du centre sur ce qui s’est passé avec Paul avant mon arrivée.

Lequel directeur m’apprend que cet enfant ne vient pas là de son plein gré – on s’en serait douté ! – mais sur une demande expresse de l’assistante sociale. Voilà qui éclaire déjà, sans l’excuser, le manque d’enthousiasme de Paul.

… Jusqu’à ce que l’exclusion paraisse inévitable

Je m’absente une semaine. Lorsque je reviens, 15 jours plus tard, c’est le drame : la semaine passée, Paul a frappé l’animatrice qui lui demandait de se mettre en route. La goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien plein 🙁

Paul a reçu un savon de l’animatrice et du directeur du centre. Les parents ont été convoqués. Paul a reçu un 2ème savon de ses parents. Et la décision est sur le point d’être officialisée : l’exclusion de l’association. C’est logique : comportement agressif inacceptable = sanction.

Pourtant, je ne sais pas pour vous, mais pour moi, 2 choses me gênent dans le principe de cette exclusion :

1. Exclure Paul de l’association va-t-il lui apprendre à s’intégrer ailleurs ? Notre « solution » va-t-elle réellement résoudre le problème posé par le comportement de Paul ? Ou se contente-t-on de le refiler à d’autres dont on espère vaguement qu’ils feront mieux que nous ?

2. Paul a 6 ans ! Ce n’est pas un caïd menaçant. C’est un petit garçon. Et nous allons baisser les bras devant lui ?? Nous allons renoncer à lui transmettre les règles et attitudes de base pour s’intégrer dans un groupe ? Il me semble que là nous abandonnons un peu vite notre responsabilité d’adultes dans l’éducation des enfants.

Construire une alternative efficace à l’exclusion en 3 étapes

Besoin discipline positive maison
Une réponse + efficace qu’un savon, ça existe ?

Honnêtement, au-delà de ces 2 convictions, je ne me sens pas très qualifiée pour agir.

Mais je constate que les autres adultes autour de moi – animateurs, directeur, parents – ne le sont pas plus que moi.

Alors, je me retrousse les manches et je commence à chercher une solution.

Je n’ai pas une très grande palette d’outils à ma disposition, mais je me rappelle que j’ai au fond de mon sac la « grille d’identification des besoins derrière les comportements » de la Discipline Positive.

Je démarre donc par ça.

1ère étape : identifier le problème

Pour cela, la Discipline Positive recommande de partir du ressenti de l’adulte. Je tombe sur la case « le parent / l’enseignant se sent défié, menacé, perdant, provoqué ». Ca c’est exactement ce que décrivent les animateurs et le directeur du centre avec Paul !

Toujours selon la Discipline Positive, la croyance de l’enfant associée à ce comportement c’est « Vous ne pouvez pas me forcer ». Tiens, ça colle plutôt bien avec l’explication que m’avait donnée plus tôt le directeur du centre : Paul ne vient pas de son plein gré, mais sur demande de l’assistante sociale.

Voilà donc un début de piste. Certes, c’est fragile et encore une fois je ne me sens pas très à l’aise : j’aimerais bien qu’il y ait autour de moi quelqu’un de plus aguerri, de plus expert avec qui échanger !

Mais il n’y a pas, donc je continue.

2ème étape : chercher une solution

La grille d’analyse proposée par la Discipline Positive propose 9 pistes pour encourager l’enfant et lui apporter une réponse appropriée. Une réponse qui s’adresse au besoin véritable et légitime de l’enfant, celui qui se cache derrière le comportement agressif pas acceptable.

L’une d’elles attire mon attention « Réorienter vers une maîtrise positive ». Avec un conseil complètement contre-intuitif « Les enfants qui recherchent le pouvoir ont souvent de bonnes qualités de leader. Valoriser ces qualités et offrir des opportunités aux enfants de les utiliser ».

Que pensez-vous de cette approche ?

Pour moi – comme pour les animateurs et le directeur du centre – c’est à l’inverse de ce que je suis tentée de faire. Franchement, face à un enfant agressif et qui tape, la dernière des choses que j’ai envie de faire, c’est de le mettre en valeur et de lui confier une responsabilité ! Et est-ce qu’il le mérite ?

3ème étape : mettre en œuvre la solution

En même temps, je n’ai pas d’autre piste, donc je passe au-delà de mes préjugés et je me gratte la tête. Quelle responsabilité pourrait-on confier à Paul ?

Après quelques minutes de réflexion, eurêka !! Et si on lui confiait un chronomètre ? Charge à Paul de maîtriser le temps de trajet de l’école jusqu’aux locaux de l’association.

Je présente cette idée au directeur du centre et aux animateurs, en leur expliquant le raisonnement qui va avec. Bien que ça leur paraisse aussi saugrenu qu’à moi, ils sont d’accord pour essayer. Après tout, eux aussi ça leur fait mal au cœur et leur donne un sentiment d’échec d’exclure Paul de l’association. Alors pourquoi pas essayer ?

Le directeur du centre présente à Paul la responsabilité qui lui est confiée. Il l’accepte, d’abord un peu méfiant puis avec un certain enthousiasme.

Valoriser encourager enfant
Valoriser l’enfant, ça marche !

C’est la suite qui est étonnante.

Après 2-3 semaines, Paul motive tous les autres enfants du groupe à quitter vite l’école « On va battre le record de la semaine dernière ! ».

C’est lui qui donne le signal du départ et montre le chemin jusqu’aux locaux de l’association.

L’agressivité a complètement disparu. 

La coupe du monde de foot approche.

Sur le chemin, on parle foot et je découvre avec stupéfaction que cet enfant qui ne semblait intéressé par rien connaît les joueurs de toutes les grandes équipes par cœur.

Il a son pronostic sur les chances de succès de chaque équipe ; on joue même à prendre les paris !

Comment ça se passe chez vous ?

Ce que je retiens de cette histoire, c’est que nous étions sur le point d’exclure un enfant de 6 ans. Son comportement agressif était inacceptable, et l’exclusion semblait la solution à la fois pour sanctionner ce comportement et pour retrouver un climat plus serein pour tous les autres enfants.

Mais une exclusion, c’est grave : c’est faire disparaître un enfant de notre champ de vision, sans se préoccuper de ce qu’il va devenir ensuite. C’est renoncer à lui transmettre des comportements appropriés qui lui permettront de trouver sa place parmi les autres.

Finalement, avec peu d’expérience et beaucoup de bonne volonté, il a suffi de passer au-delà de l’automatisme comportement inapproprié-sanction et d’1 chronomètre pour qu’il trouve sa place dans le groupe… et si c’était aussi simple que ça ?

Etes-vous le parent d’un enfant dont le comportement est jugé agressif ? Connaissez-vous cette approche de recherche de solution ou d’autres approches qui vous permettent d’aider votre enfant ?

Votre enfant souffre-t-il du comportement agressif d’un autre enfant à l’école ? Dans une activité extra-scolaire ? Comment réagissent les adultes qui en ont la charge ? Pensez-vous que l’expérience de Paul pourrait leur être utile ?

Partagez votre expérience dans les commentaires ! 

 

Crédit photo : mizinaumnolamargoorita

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6 comments on “Enfant agressif à l’école : 1 histoire qui prouve qu’on peut y répondre efficacement”

  1. Merci Magali et belle initiative que de donner des responsabilités adéquates à un enfant considéré comme agressif.

    Je souhaiterais simplement partager une petite histoire assez similaire.

    Nous avons un petit voisin qui va à la même école que nos enfants. Ce garçon pouvait se montrer assez agressif parfois (jet de pierre, insultes, coups avec ou sans instrument…).

    Notre regard sur lui a commencé à changer lorsque pendant le spectacle musical (toujours très pro) de fin d’année : il a eu droit à un solo musical de quelques minutes avec le professeur de musique qui a pointé alors le projecteur sur lui. Il s’est, à cet instant, montré sous un tout autre aspect : appliqué, concentré et surtout… fier.

    Il est, maintenant, beaucoup plus souple de caractère et nos enfants jouent même au foot avec lui devant la maison alors qu’avant c’était « niet »… Rien n’est figé et tout peut se transformer.

    Ma leçon est qu’il faut donner une (voire plusieurs) chance aux enfants mais surtout connaître les bonnes techniques et l’effet recherchés.

    L’Amour de ce professeur pour tous ses élèves et ce petit voisin en particulier a certainement contribué au changement.

    • Bonjour François-Xavier,

      Merci pour ce beau témoignage ! Oui, qu’il est important de ne pas figer les enfants sous une « étiquette » alors qu’ils sont en pleine évolution 🙂

      Pour me guider, je pense souvent à cette phrase de Jane Nelsen « L’enfant qui a le plus besoin d’amour est souvent celui qui se montre le moins aimable ». Dans mon expérience, cela s’est avéré extrêmement pertinent avec chaque enfant « agressif » ou « intenable » que j’ai rencontré 😉

      A bientôt sur Parents du 21ème siècle,
      Magali.

  2. bonsoir Magalie

    je veux partager avec vous mon histoire. J’ai un enfant qui va avoir ses 6 ans la fin de ce mois et il est en première année primaire. côté étude je n’ai rien à réclamer même à l’école il a eu 8.5 le premier semestre. le souci que j’ai c’est l’agressivité et le manque du respect par rapport à ses maîtresses à l’école. Je tiens à vous informer que je lui ai changé l’école ça fait 3 mois car les encadrants de la 1 ère école le punissait trop avec des punitions agressives aussi. c’est un enfant qui n’accepte pas les conseils des autres frappe ces maîtresses et quand il veut quelque chose il ne va rien entendre d’autrui.

    • Bonjour Tima,

      Merci pour votre témoignage. Maîtriser son agressivité, utiliser des mots plutôt que des coups, c’est tout un apprentissage pour un enfant. Continuez à chercher et je vous souhaite de trouver très vite la bonne personne qui saura accompagner votre enfant.

      A bientôt sur Parents du 21ème siècle,
      Magali.

  3. bonjour je suis maman de 3 enfants le grand et au ce1 il est agressif il insulte les camarades il est souvent puni par la maitresse ce qui me rend triste c’est que la maitresse et les enfants sont tous focaliser sur mon fils car il est trés suséptible et les enfants n’arréte pas de l’embéter sans cesse alors lui il accumule et apres c l’explosion et les maitresse punissent que lui car elle ne vois pas derriers ce qui ce passe ds la cours svp conseiller moi merci cordialement

    • Bonjour Essaidi,

      Merci pour votre témoignage, je suis désolée de l’expérience que vit votre fils à l’école.

      Il me paraît important que vous puissiez discuter avec l’enseignante de votre fils, en abordant les points suivants :

      1. Quelles sont les qualités de votre fils, qu’est-ce que la maîtresse et ses camarades de classe apprécient chez lui ?
      Cette 1ère étape est très importante, car avec un enfant jugé agressif, on a vite tendance à ne plus voir que ce qui ne va pas… et on oublie tout ce qui va bien 😉

      2. Que se passe-t-il juste avant que votre enfant « explose » ?
      Cela permettrait par exemple de mettre en évidence ce que vous décrivez, le fait que les autres enfants « l’embêtent »

      3. Quel est le comportement de votre fils quand il est agressif ?
      Décrire précisément son comportement

      4. Quelles sont les conséquences de son comportement ?
      Par exemple, la maîtresse le punit : quels types de punitions sont utilisés ?

      L’idéal serait que l’enseignante de votre fils accepte de remplir avec lui pendant 1 semaine un tableau qui reprenne les réponses aux questions 2, 3 et 4. A la fin de cette semaine, vous aurez tous les trois des informations précises et une bonne base de discussion pour agir et aider votre fils à changer son comportement.

      Tenez-moi au courant !

      A bientôt sur Parents du 21ème siècle,
      Magali.

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