Résultats médiocres en maths et en orthographe dans les classements internationaux, inégalités sociales, harcèlement scolaire, perte de confiance, enseignants surchargés et au bord du burn out… les défis que notre école doit relever semblent parfois insurmontables. Par où commencer ? Quelle serait la première action concrète qui pourrait améliorer les choses pour votre enfant ? Sur Parents du 21ème siècle, vous le savez, l’esprit n’est pas à s’appesantir au constat morose. Si vous êtes ici, c’est parce que vous avez envie de participer avec moi à la réflexion sur des solutions 🙂

Alors, quand Coline et Rémy, du blog Petites Chasses au Trésor, m’ont invitée à participer à une réflexion entre blogueurs sur le thème « La nature et les apprentissages » (leur article sur ce même thème est ici), j’ai fait un bond enthousiaste sur ma chaise ! Car la nature est un thème parfait pour améliorer l’école de votre enfant : elle n’est pas prisonnière de grands débats idéologiques, les conclusions scientifiques sont encourageantes, vous pouvez concrètement engager des actions simples, faciles et peu coûteuses… tout en recréant de la confiance entre parents, enseignants et enfants. Alors, prêts pour découvrir comment la nature peut améliorer l’école de votre enfant ?

Comment la nature a disparu des cours de récré

La nature pour améliorer l'école
Il était une fois un arbre en sursis dans une cour de récré…

 

Quand j’avais 9 ans, il y avait dans la cour de l’école primaire un chêne immense, qui protégeait du soleil en été, qui rougeoyait et perdait ses feuilles en pagaille à l’automne. Cet arbre n’était pas seul dans la cour de récré. Il avait aussi quelques copains figuiers, dans lesquels mes camarades de classe trouvaient malin de ramasser les figues pas encore mûres pour s’en bombarder. Ce qui me faisait rager, car personnellement… j’aurais aimé attendre que les figues soient mûres pour les manger 😉 Il y avait aussi, dans un autre coin, un bac à sable et un bout de pelouse maigrichon.

L’école existe toujours.

Mais, de rénovation en rénovation, les arbres ont disparu. L’herbe et le sable aussi. Ils ont fait place à une superbe cour, toute bitumée, impeccablement lisse, où rien ne dépasse. Parfaitement civilisée. Les enfants reviennent tout propres en classe à la fin de la récré. Tout le monde gagne du temps : les enseignants, qui n’ont plus besoin de faire passer tout le monde au lavabo à la fin de la récré ; les parents, qui ont moins de linge à laver le soir.

On a gagné du temps. On a gagné en normes de sécurité (une figue dans l’œil ça fait mal !). Mais les enfants, les enseignants et les parents ont-ils vraiment gagné au change ? Pendant plusieurs décennies, on a cru que oui. Que le bitume amenait sur la voie du progrès.

Jusqu’à ce qu’un mouvement de recherche nous ramène à ce que nous pouvons tous ressentir instinctivement : quand elle n’est pas là, la nature nous manque. Elle nous manque de façon surprenante, dans la qualité d’attention des enfants, dans leur capacité d’apprentissage, dans leur bien-être… Et si finalement, le temps gagné s’avérait être du temps perdu ? Et si l’argument de la sécurité était à repenser ?

Pourquoi les nuages et les arbres ne distraient pas nos enfants de leurs apprentissages

Si Jean-Jacques Rousseau avait bien lancé le débat sur l’importance de la nature – lui réservant une large place dans son « Emile ou de l’Education » à la fin du 18ème siècle – les chercheurs ont mis longtemps à s’intéresser aux effets de la nature sur les apprentissages et le bien-être des enfants (et des adultes !). A vrai dire, leur engouement pour le sujet est tout récent.

Mais il faut reconnaître que cet engouement tombe à pic, dans les vies de plus en plus urbaines et digitales de nos enfants, pour nous éclairer sur ce qui leur manque quand le dernier arbre a été coupé dans la cour de récré ! Et sur la façon dont la nature peut améliorer l’école 🙂

Une simple fenêtre sur la nature aide les enfants à se concentrer et à déstresser

Cour bitume ecole
Un bitume impeccablement épuisant !

C’est ainsi que William Sullivan, Professeur d’architecture paysagiste à l’Université de l’Illinois, et Dongying Li ont mené une curieuse étude auprès d’une centaine de lycéens.

Après les avoir séparés en 3 groupes, ils leur ont donné à tous la même séquence d’exercices à faire en classe pendant 30 minutes.

Puis ils leur ont offert 10 minutes de pause (royal !). Les capacités d’attention des élèves et leur niveau de stress ont été mesurés avant les exercices, à la fin des exercices, puis à la fin de la pause.

Il y avait une seule toute petite différence entre les 3 groupes : le premier groupe était installé dans une salle sans fenêtres. Le deuxième groupe était dans une salle avec des fenêtres donnant sur un bâtiment. Le troisième groupe était installé dans une salle avec des fenêtres donnant sur de la verdure.

Et là, surprise !

Pendant les 30 minutes d’exercices, aucune différence n’apparaît entre les trois groupes. Les élèves sont concentrés, le nez sur leur feuille, le cadre a peu d’importance.

En revanche, à la fin des 10 minutes de pause, les chercheurs ont noté une grosse différence : les élèves qui avaient vue sur la verdure – luxe suprême ! – avaient mieux récupéré leurs capacités d’attention après les 30 minutes d’effort. Et ils avaient aussi mieux récupéré du stress scolaire induit par la résolution des exercices.

La simple vue de la nature fait donc du bien aux élèves, tant pour leur capacité à apprendre, que pour leur bien-être émotionnel et physique. D’autres études sont venues conforter ces effets positifs, par exemple en mesurant les capacités d’attention et le bien-être des élèves après une ballade dans les bois 🙂

Les bénéfices particuliers de la nature pour les enfants DYS et TDA-H

Avis aux parents d’enfants qui présentent des troubles d’apprentissage ou du comportement : si les effets de la nature sont bénéfiques pour tous les enfants, il semble que cela soit particulièrement le cas pour votre enfant.

Plusieurs études conduites auprès d’enfants diagnostiqués TDA-H montrent ainsi une diminution des symptômes après une ballade au parc ou des activités en extérieur. Pour votre enfant en particulier, remettre de la nature peut améliorer l’école et son expérience des apprentissages scolaires au quotidien 🙂

La Nature peut améliorer les relations à l’école : plus de respect et moins de moqueries

Paradoxalement, alors que le bitume apparaît comme le degré ultime de la civilisation – lisse, propre, construit pour durer – les chercheurs ont été surpris de découvrir que la présence de la nature dans les cours de récré conduit à des comportements… plus civilisés !

Entourés de verdure, les enfants et ados pratiquent plus d’activités physiques, tout en se blessant moins, jouent plus, vont plus les uns vers les autres, présentent moins de comportements agressifs et de moqueries, se sentent plus en sécurité. Les effets ont été particulièrement mesurés dans des écoles réputées difficiles, passées lors d’un projet de rénovation du tout bitume à des arbres et de la pelouse.

Quelle place pour la nature à l’école ?

Alors, quelle place pour la nature à l’école ?

Une envie de verdure longtemps tournée en dérision par les décideurs publics

Potager ecole
Des potagers dans les écoles : une idée loin d’être absurde !

Normes strictes, contraintes de sécurité, peur des accidents, de la saleté, des pollens…

Encore tout récemment j’ai visité avec un mélange d’effroi et de tristesse un collège flambant neuf de la capitale, avec une cour de récré 100% bétonnée.

Pas un brin d’herbe, pas un arbre.

Il y a quelques années, la Ministre de l’Environnement avait essuyé les moqueries en annonçant sa volonté de créer des potagers dans 10.000 écoles et collèges français.

De même, l’idée d’une First Lady américaine de créer un potager à la Maison Blanche, ouvert aux enfants des écoles de la ville, avait suscité… quelques résistances.

Le vent serait-il en train de tourner ? En plein cœur de la canicule de l’été 2018, la Mairie de Paris a annoncé son intention de reverdir les cours de récré, pour aider les élèves à affronter les conséquences de plus en plus prévisibles du réchauffement climatique.

Alors, pourquoi ne pas combiner bienfaits de l’exposition à la nature et projets pédagogiques ?

Un projet concret conduit par des élèves de CE1 : planter des arbres ET réveiller l’envie d’apprendre

Voici un exemple réjouissant, vécu dans une école que j’ai accompagnée :

  1. Dans la cour de récré, plusieurs arbres, frappés par la foudre, avaient dû être arrachés. Léa, une élève de CE1, s’est émue auprès de son enseignante du fait que les arbres n’avaient pas été remplacés, et qu’il y avait désormais moins d’ombre pour s’abriter du soleil.
  2. L’enseignante de Léa l’a encouragée à faire une présentation devant ses camarades de classe : quel est le problème ? quelles sont les solutions possibles ?
  3. Les élèves de la classe de CE1, convaincus par la présentation de Léa, sont passés à l’échelle supérieure : une présentation devant toutes les classes de CE1 de l’école.
  4. Léa et ses camarades ont écrit une lettre à la direction de l’école, signée par tous les élèves de CE1, qui expliquait le problème et demandait que de nouveaux arbres soient plantés.
  5. Le projet ne s’arrête pas là ! La direction de l’école n’a pas dit oui, ni non. Elle a demandé une proposition plus constructive aux enfants : faites des relevés de température, dites-nous quelles sont les espèces d’arbres locales qui seraient particulièrement adaptées, chiffrez le budget dont vous avez besoin, cherchez des moyens de collecter l’argent correspondant à ce budget…

C’est ainsi que les élèves de CE1, à l’initiative de Léa et de son enseignante, se sont lancés dans un passionnant projet, qui a abouti à remplacer tous les arbres foudroyés et en planter de nouveaux.

Chemin faisant, les élèves ont mis en pratique avec enthousiasme les savoirs du programme scolaire, ont acquis de nouveaux savoirs, ont appris de nouvelles compétences : faire une présentation orale, écrire une lettre formelle, recueillir des signatures, rencontrer un pépiniériste, tout apprendre sur les espèces locales d’arbres, calculer un budget, monter une action de collecte de fonds…

Un projet qui associe le fait d’aller à l’école à une aventure collective dont ces élèves vont se rappeler pendant des années 🙂

A vous de jouer !

Remettre de la nature pour améliorer l’école, c’est une action modeste, simple à mettre en place, peu coûteuse… et qui peut avoir de fantastiques effets sur les apprentissages et le bien-être de votre enfant.

Alors, à vous de jouer !

Vous ne savez pas par où commencer ?

Voici 3 pistes pour démarrer :

  1. Portez-vous volontaire à l’école de votre enfant pour démarrer un potager ou planter des jardinières de fleurs : parlez-en à l’enseignant de votre enfant, à la direction de l’école, aux autres parents, à l’association de parents d’élèves… Vous avez maintenant les arguments pour expliquer comment la nature peut améliorer l’école !
  2. Aidez à organiser une journée école en plein air : il y a par exemple, cette initiative mondiale de la Journée Ecole en Plein Air, qui aura lieu jeudi 23 mai 2019. (Remarque : cette initiative, portée par de grands noms de l’éducation et qui a remporté le prix Best Global Education Project en 2017, est soutenue financièrement par Unilever. Si vous pensez que toute initiative financée par une entreprise est nécessairement diabolique, passez votre chemin. Si vous pensez que les bonnes initiatives peuvent venir de partout, vous y trouverez des tas d’idées et de ressources pour organiser facilement cette journée)
  3. Parlez-en à un chercheur autour de vous ! La recherche sur le lien entre nature, apprentissages scolaires et bien-être est encore toute récente. Il y a aujourd’hui besoin de plus de données, sur de larges échantillons (passer d’études sur une centaine d’enfants à une étude sur des milliers d’enfants) et qui suivent les effets dans le temps (sur plusieurs années)

Un conseil pour réussir à faire plus de place à la nature dans l’école de votre enfant : ne vous contentez pas de dire « il faudrait le faire », faites-le !!

Alors, je sais, votre agenda est comme le mien : surchargé. Mais pensez que c’est la même chose pour les enseignants de votre enfant. Il ne s’agit donc pas de leur donner du boulot en plus ! Pensez qu’au-delà de l’effet nature, vous impliquer dans ce projet, c’est une fantastique opportunité de nouer une relation de confiance avec l’enseignant, de montrer que vous êtes là en soutien, de vous investir ensemble sur un projet commun… loin des crispations habituelles des rendez-vous parents profs 😉

Vous avez envie de passer à l’action ? Vous avez déjà exercé votre main verte à l’école ? Partagez votre expérience dans les commentaires !

 

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