Bon en maths
Etre bon en maths, c’est dans les gènes ?

On dit souvent que certains enfants ont la bosse des maths et que d’autres sont nuls, c’est comme ça, c’est une question d’intelligence, presque biologique.

Et si ce n’était pas si simple ?

Un volet éclairant – mais peu médiatisé – de l’étude PISA met en évidence un lien fort entre les médiocres performances en maths des élèves français et leur anxiété face à cette matière.

Ce qui m’a interpelée dans cette étude, et qui m’a donné envie de vous la faire partager, c’est que l’étude PISA n’a rien de psychologisant. Elle ne s’intéresse pas spécialement à l’épanouissement de l’enfant.

Son parti pris, c’est l’efficacité : quel est le système scolaire qui donne les meilleurs résultats en maths chez les élèves de 15 ans ? Et dans cette optique d’efficacité, PISA relève que le stress des élèves français est un obstacle à leurs bonnes performances scolaires.

Dans cet article, vous découvrirez comment le stress peut bloquer l’apprentissage des maths chez un enfant d’intelligence tout à fait normale. Ainsi que 5 conseils pour aider votre enfant à surmonter sa peur ou son rejet des maths !

J’suis nul en maths, j’y arriverai jamais !

Tous les soirs de la semaine, Camille se dépêche de rentrer à la maison. Pour ne pas manquer le début de sa série télé favorite ? Elle aimerait bien, mais non ce n’est pas pour ça. C’est pour aider Maxence, 11 ans, à faire ses devoirs.

Faire les devoirs le soir, une belle corvée pour tous les deux… mais alors, le sommet est atteint quand ils en arrivent aux devoirs de maths ! Pourtant, Camille a fait des études supérieures et elle est plutôt patiente. Pourtant Maxence semble avoir une intelligence tout à fait normale. Mais pour les maths, y’a rien à faire, ça bloque. « De toute façon, j’suis nul. J’comprends rien. J’y arriverai jamais. Ca veut rien dire cet exercice. C’est nul les maths »

Ceux d’entre vous qui vivent cette situation à la maison sont certainement à la recherche de solutions. Difficile de faire l’impasse sur les maths, pas vrai ?

D’autres me diront : « C’est comme ça, y’a des élèves qui sont bons en maths, et d’autres qui sont nuls. C’est pour ça que les maths sont un bon outil de sélection pour repérer les enfants les plus intelligents ».

Mais est-ce vraiment si simple ? Les résultats en maths d’un enfant, sa capacité à comprendre les concepts mathématiques sont-ils uniquement liés à son intelligence ?

L’étude PISA de l’OCDE – la fameuse étude qui mesure et compare les résultats des élèves de 15 ans dans les pays développés – nous apporte une réponse inattendue : et si le stress des élèves français était une des principales causes de leurs blocages en maths ?

Votre enfant n’est pas le seul à ramer en maths : les résultats des élèves français sont moyens

Nul en maths peur des maths
Quelle angoisse les maths !

Il existe un mythe français bien ancré selon lequel notre système scolaire serait un des plus performants au monde, particulièrement dans l’apprentissage des maths.

Preuve à l’appui de cette croyance réconfortante : les chercheurs français n’ont-ils pas remporté ces dernières années plusieurs prix Nobel de physique et médailles Fields en maths ?

Mais patatras, une enquête de l’OCDE – l’étude PISA – menée tous les 5 ans dans les 34 pays membres et 31 pays partenaires est venue depuis le début des années 2000 écorner sérieusement ce mythe.

La 1ère enquête PISA en 2003 a ainsi mis en évidence que les résultats en maths des élèves français de 15 ans étaient seulement légèrement supérieurs à la moyenne.

Et pire, en 2012, la même enquête relève une forte dégradation des performances des élèves français : en baisse de 16 points par rapport à 2003, le score moyen des élèves français est de 495 points soit exactement la moyenne de l’OCDE. Très loin de Shanghai (613 points), des Pays-Bas (523 points) ou de la Finlande (519 points) qui sont en tête du classement.

En revanche, les élèves français sont champions… de l’anxiété en maths

L’étude PISA mesure aussi le niveau de stress des élèves, c’est un volet moins médiatisé, mais passionnant, de cette étude.

Peut-on mesurer le stress ? Est-ce que ce n’est pas quelque chose de subjectif ?

Pour contourner la difficulté, les enquêteurs PISA posent des questions aux élèves sur leur ressenti leur demandant d’indiquer dans quelle mesure ils se sentent impuissants et stressés face à des tâches mathématiques. Par exemple : « es-tu d’accord avec l’affirmation « Je me sens très tendu quand j’ai un devoir de maths à faire à la maison » ? ». Les questions sont les mêmes pour tous les pays, puis les enquêteurs comparent les ressentis d’un pays à l’autre.

Et là, l’étude PISA a mis en évidence en 2003 qu’il y a bien un domaine dans lequel nous sommes champions du monde : les élèves français sont les plus anxieux au monde face à l’apprentissage des maths !

Par exemple, plus de 50% des élèves français disent être très tendus lorsqu’ils ont un devoir de maths à faire – au coude à coude avec le Japon pour la tête du classement mondial – contre 7% seulement en Finlande et aux Pays-Bas.

Notre place en tête du palmarès du stress se confirme dans l’étude PISA 2012 : « La France présente, parmi les pays de l’OCDE, la plus large proportion d’élèves indiquant se sentir perdus quand ils essaient de résoudre un problème de mathématiques. En France, ils sont 43 % à déclarer se sentir perdus, contre 30 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE. »

Un lien clairement établi entre performances moyennes et stress face aux maths

Peur des maths
Peu persévérant car trop stressé ?

Les conclusions de l’étude PISA vont plus loin et affirment clairement l’existence d’un lien entre niveau de stress élevé et performance médiocre en maths.

En 2003, il est ainsi écrit : « L’anxiété́ vis-à-vis des mathématiques peut devenir un obstacle à un apprentissage efficace.

Les élèves qui ne sont pas sûrs de pouvoir faire face à des situations d’apprentissage en mathématiques risquent d’éviter de telles situations et de passer à côté́ d’occasions importantes pour leur carrière et pour leur vie. »

Les élèves français se distinguent aussi par un des taux de non-réponse aux questions les plus élevés au monde, particulièrement pour les questions demandant de développer un raisonnement.

Alors même qu’il a été expliqué aux élèves que les erreurs ne seraient pas sanctionnées – pas de points retirés pour une mauvaise réponse – les élèves français préfèrent ne pas répondre que de se tromper.

Les petits français se privent effectivement d’opportunités : à court terme, l’opportunité de trouver une bonne réponse à la question posée. A long terme, et dans leur future vie d’adulte, l’opportunité de prendre des risques, d’essayer de nouvelles activités, de nouveaux projets, s’ils n’ont pas la garantie que ça va marcher.

Enfin, 3ème handicap causé par l’anxiété : « Ce manque de confiance en soi des élèves en France s’accompagne d’un manque de persévérance des élèves face aux difficultés. Dans les pays et économies participants, les élèves qui sont les plus persévérants sont aussi ceux qui affichent les meilleurs résultats en mathématiques. Après le Japon et la République slovaque, la France est le pays où les élèves font le moins preuve de persévérance. En France, plus d’un élève sur deux abandonne facilement face à un problème à résoudre »

Lever l’anxiété face aux maths, une garantie pour que votre enfant apprenne mieux

Pour enfoncer le clou, l’étude PISA précise, juste après avoir expliqué que les élèves finlandais et néerlandais sont parmi les moins stressés au monde face aux maths – seuls 7% d’entre eux sont tendus quand ils ont un devoir de maths à faire contre 50% des français :

Stress devoirs maths
Comment déstresser à l’heure des devoirs ?

« Le fait que la Finlande et les Pays-Bas figurent tous deux en tête du classement de performance mérite d’être souligné {…} Les expériences positives de ces pays, qui ont aussi le mérite de figurer en bonne place dans le classement de culture mathématique, montrent que ce problème n’est pas sans issue et soulève des questions sur la manière dont ces pays s’y sont pris pour traiter ce problème dans le cadre de l’organisation de la scolarisation et de l’enseignement. »

Traduit en langage simple : la Finlande et les Pays-Bas ont mis en place des méthodes d’enseignement des maths grâce auxquelles les élèves apprennent en confiance et obtiennent d’excellents résultats.

Il n’y a donc pas de fatalité à l’anxiété des élèves face aux maths et la France pourrait choisir elle aussi des méthodes d’apprentissage moins anxiogènes.

En attendant que le vœu de l’OCDE se réalise et que l’Education Nationale revoie la pédagogie actuelle en maths – ce qui risque de prendre un bout de temps ! – la seule solution est d’agir à votre niveau de parent.

Comment faire ?

Voici 5 conseils pour démarrer : 

1. Si votre enfant est complètement, mais alors complètement bloqué, des techniques de relaxation à utiliser avant les devoirs de maths peuvent aider : sophrologie, yoga, brain gym… Si les devoirs de maths de votre enfant vous donnent des boutons, ces techniques pourront vous faire du bien à vous aussi 🙂

2. Quand le niveau de panique est redescendu, vous pouvez utiliser l’encouragement et aider votre enfant à se fixer des objectifs réalistes. Il a 8 de moyenne en maths ? On oublie le rêve lointain du 20/20 pour l’instant. Et s’il se fixait l’objectif d’arriver à 10 au prochain trimestre ? Discutez avec lui : Qu’est-ce qui pourrait l’aider à atteindre cet objectif ? Par où démarrer ? Comment pouvez-vous l’aider ?

3. Vous pouvez aussi en parler avec l’enseignant de votre enfant en lui disant « Mon fils / ma fille s’est fixé pour objectif d’arriver à 10/20 de moyenne au prochain trimestre. Comment pourriez-vous l’aider en classe ? Que puis-je faire à la maison ? » Montrer que votre enfant s’inscrit dans une démarche de progresser peut aider l’enseignant à porter un regard plus bienveillant et encourageant sur lui. Pour plus de conseils sur la façon d’engager le dialogue avec l’enseignant de votre enfant, jetez un oeil à l’article « 3 astuces pour un dialogue constructif avec l’enseignant de mon enfant ».

4. Si l’enseignant de votre enfant n’a pas d’idées à vous proposer, faites des recherches sur Internet. De plus en plus de méthodes – souvent créées par d’anciens profs – fleurissent pour un apprentissage des maths plus efficace et plus ludique. 

5. Il existe aussi des sites Internet et applications pour tablette pour apprendre efficacement en s’amusant. Par exemple, la Khan Academy propose des vidéos et des jeux pour faire des maths en s’amusant. Dans la version d’origine, créée aux Etats-Unis, ces vidéos et jeux couvrent tout le programme officiel de maths. Dans sa version française, une partie du programme a été traduite, allez voir si vous y trouvez le programme de maths de votre enfant !

Et chez vous, comment ça se passe ?

Et vous, quelles sont vos astuces pour aider votre enfant à déstresser et à prendre confiance en lui en maths ?

Aimeriez-vous trouver sur Parents du 21ème siècle des conseils plus détaillés : revue de méthodes ludiques, applications en ligne… ? Pour quel niveau scolaire ?

Partagez vos expériences et vos questions dans les commentaires !

 

Crédit photo : famveldmanFPWingBillionPhotos.compololia

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2 comments on “Mon enfant comprend rien en maths ! Et s’il était stressé ?”

    • Bonjour Marc,

      Ravie que mon article ait été source d’inspiration 😉

      En te lisant, je trouve que tu as relevé un point très important pour expliquer comment le stress limite les résultats des élèves français en maths lorsque tu écris « Si les français sont aussi anxieux, c’est que rien n’est fait en cas de difficulté chez l’élève. Le système le culpabilise au lieu de l’aider ».

      En effet, il me semble que c’est au moment des 1ères difficultés en maths – ou dans une autre matière – que 2 attitudes sont possibles :
      1. Encourager l’enfant pour l’aider à surmonter la difficulté. On enclenche alors une spirale positive où l’enfant se dit « je suis capable de réussir » et prend confiance dans ses capacités.
      2. Mettre une étiquette sur l’enfant : « en difficulté » « peut mieux faire » « décroche ». C’est alors une spirale négative qui s’enclenche « je suis nul » « j’y arriverai pas ».

      Hélas, trop souvent dans notre système scolaire, c’est la 2ème option qui l’emporte et qui crée du découragement, de l’anxiété chez l’enfant. C’est bien dommage, car les maths sont là à l’image de la vie : nous rencontrons tous des difficultés au quotidien. Ce qui compte, ce n’est pas tant les difficultés elles-mêmes que de trouver en soi la capacité à les surmonter 🙂

      Belle et heureuse année 2016 !
      Magali.

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