Je ne sais pas pour vous, mais pour moi l’agenda de la rentrée a été complètement fou !

Depuis le 4 septembre – vous trouverez aisément à quoi correspond cette date, qui semble déjà être entrée dans l’histoire ancienne 😉 – j’ai ajouté 45 minutes matinales de métro à des journées qui n’en demandaient pas tant.

Dans cette non-réjouissance quotidienne, que je partage avec nombre d’entre vous, j’ai trouvé un petit plaisir inattendu : la lecture d’un livre passionnant « Comment les enfants réussissent » de Paul Tough.

Un best seller international – encore n°3 des ventes au rayon éducation sur Amazon US, quatre ans après sa sortie, avec 855 commentaires clients et une note consensuelle de 4,4/5 – passé complètement inaperçu en France (sur Amazon.fr, il est planqué aux 210.600ème rang des ventes livres).

Cela fait des semaines que je veux vous en parler, en vous proposant une chronique complète. Mais voilà – cf. la première phrase de cet article – j’ai pour l’instant échoué dans cette mission. Alors en attendant de trouver l’organisation magique qui me libèrera du temps, je voulais partager avec vous une réflexion de Paul Tough sur le système scolaire d’excellence américain, et une mise en parallèle avec le système scolaire élitiste français.

Souvent, lorsque je partage avec mes amis parisiens mes interrogations sur notre système éducatif, une réponse toute rassurante revient : « Mais pourquoi t’inquiètes-tu ? Il y a d’excellents lycées à Paris et d’excellentes écoles. Notre système scolaire produit de très bons ingénieurs, qui sont même recherchés à l’étranger. »

Ce qui pour moi est à la fois incontestable – je me garderai bien de remettre en question le niveau en maths et en physique des diplômés de Polytechnique ! – et un vrai problème : en 2017, est-ce suffisant que notre système scolaire produise quelques centaines d’excellents ingénieurs chaque année ? Et pour excellente que soit leur formation académique, cette seule dimension est-elle suffisante pour évaluer la qualité de leur parcours scolaire puis professionnel et personnel ?

Voici donc ce que dit Paul Tough des élèves issus des meilleurs lycées privés du pays, puis des universités de l’Ivy League – l’équivalent américain de nos Grandes Ecoles, qui fonctionne sur un principe de sélection à l’entrée aussi sévère que le nôtre.

Lisez ce court extrait avec cette question en tête : Qu’est-ce qui dans ce parcours scolaire puis professionnel vous fait rêver pour votre enfant ? Qu’est-ce qui au contraire vous fait penser qu’un parcours plus inspirant est souhaitable, pour votre enfant et pour notre société ?

Je vous retrouve en bas dans les commentaires ! 

« Un sentiment que quelque chose ne va plus dans les parcours élitistes traditionnels américains »

Extrait de « Comment les enfants réussissent » de Paul Tough, p. 183-185 (version anglaise, éditions Arrow Books 2014, extrait traduit by myself)

« Au cours de mon reportage à Riverdale [Note : l’équivalent de nos Henri IV et Saint-Louis-de-Gonzague/ Franklin] j’ai souvent eu l’impression d’être tombé sur une anxiété vague mais omniprésente dans la culture de l’élitisme à l’américaine.

Un sentiment que quelque chose ne va plus dans les parcours élitistes traditionnels américains.

Une impression que des jeunes gens achèvent leurs parcours dans nos meilleures institutions avec d’excellents diplômes et des compétences bien affûtées pour réussir les examens les plus difficiles, mais avec guère rien d’autre qui leur permettrait de tracer leur chemin dans le monde qui les attend.

Parmi les diplômés de nos meilleures universités, il y a de moins en moins d’entrepreneurs, d’iconoclastes, d’artistes ; moins de tout en réalité, sauf des banquiers d’affaires et des consultants en management.

Récemment [Note : le livre a été écrit en 2011] le New York Times a publié un classement indiquant que 36% des nouveaux diplômés de Princeton en 2010 travaillent dans la finance. Et 26% travaillent dans une catégorie que Princeton appelle services, et qui recouvre pour l’essentiel le conseil en management.

En d’autres termes, plus de la moitié de la promotion travaille en banque d’affaires ou en conseil – et ces chiffres sont ceux d’après la crise financière de 2008 (avant la crise économique, environ 75% des diplômés de Princeton travaillaient dans ces deux domaines).

Pour certains analystes, le fait que nous envoyions autant de nos meilleurs jeunes gens, les plus brillants, dans des professions qui, disons, ne sont pas réputées pour leur haut niveau d’épanouissement personnel ni pour leur profonde valeur sociale, est simplement la continuation d’un phénomène dont tant d’enseignants de Riverdale m’ont parlé : des enfants qui travaillent très dur, mais qui n’ont jamais l’opportunité de prendre une décision difficile ou de se confronter à un vrai challenge, et qui entrent ainsi dans le monde adulte en étant compétents mais perdus.

En 2010, James Kwak, blogger en économie et professeur de droit, a publié un article très clairvoyant « Pourquoi les enfants de Harvard vont à Wall Street ? » A sa sortie de Harvard, James Kwak, comme beaucoup de ses camarades de promotion, a été recruté par un cabinet de conseil en management. Et il explique que la raison pour laquelle ce chemin est si emprunté n’est pas l’argent, même si ça ne fait pas de mal. C’est parce que les banques d’affaires et cabinets de conseil rendent le chemin et la décision vers elle tellement faciles.

Selon James Kwak, les diplômés d’Harvard et de l’Ivy League en général « sont motivés plus par la peur de ne pas réussir que par un désir concret de réaliser quelque chose en particulier. Leurs choix professionnels sont motivés par deux règles de décision : (1) Se fermer aussi peu d’options que possible (2) Ne faire que des choses qui augmentent la probabilité de faire une belle carrière. »

Les recruteurs des banques d’affaires et des cabinets de conseils ont compris cette psychologie et l’exploitent parfaitement : les posts sont compétitifs et socialement valorisés, avec un processus de recrutement organisé et prévisible […] ils expliquent aux jeunes diplômés qu’en rejoignant Goldman Sachs ou McKinsey, ils ne font pas vraiment un choix : ils vont simplement passer quelques années à gagner de l’argent, et peut-être sait-on jamais avoir un impact positif dans le monde, et puis peut-être un jour ils prendront une vraie décision sur ce qu’ils veulent faire et qui ils veulent devenir.

Selon James Kwak « Pour des personnes qui ne savent pas comment trouver un job dans le monde du travail et qui ont passé chaque étape importante de leur vie en réussissant l’examen pour faire la chose la plus prestigieuse à l’étape d’après, tout cela est naturel ».

Un parcours que je connais bien, avec ses forces… et ses faiblesses

A titre personnel, je connais bien ce parcours, puisque c’est celui que j’ai suivi, dans mes études puis au début de ma carrière.

Et ce que j’ai retiré de cette expérience, c’est le sentiment d’un immense gâchis collectif de talents.

Travailler dur, avoir un job prestigieux socialement sont des motivations parfaitement respectables. Mais valoriser ces seules motivations appauvrit considérablement la qualité de choix, d’innovation, de leadership, de diversité de nos entreprises et de notre société.

Abandonner en cours de route, la créativité, l’imagination, l’inclusion, le respect et l’écoute des différences, les activités qui ne donnent pas lieu à une performance mesurable (artistiques, culturelles, sportives, familiales…), c’est se priver de la moitié de ce qui fait notre force. Les difficultés de notre pays et de nos entreprises, que les journaux reprennent quotidiennement en une, sont peut-être à aller chercher de ce côté-là…

Mon parti pris sur Parents du 21ème siècle vous le savez est de passer le moins de temps possible à décrire ce qui ne va pas – même si bien sûr, il faut le faire de temps en temps, comme aujourd’hui 😉 – pour garder notre énergie à réfléchir sur les solutions.

Pour moi, les solutions sont à chercher du côté d’un meilleur équilibre dans les cursus scolaires. Sans renier l’exigence académique, qui a fait pendant longtemps la force de notre système scolaire, il est nécessaire de l’équilibrer en valorisant à ses côtés d’autres compétences et qualités aujourd’hui largement ignorées : la créativité, l’imagination, la coopération, la connaissance de soi et la confiance en soi, l’écoute des autres et le respect de leurs différences, les talents artistiques et sportifs

A vous de jouer !

La thèse de Paul Tough et de James Kwak vous fait-elle considérer la réussite scolaire de votre enfant sous un angle différent ? Comment les cursus scolaires peuvent-ils se rééquilibrer pour mieux donner l’opportunité aux enfants de se confronter à la réalité du monde qui les entoure et y trouver LEUR place plutôt qu’une place pensée et choisie pour eux ?

Laissez un message dans les commentaires ! 

 

 

1 comment on “« L’école française produit de bons ingénieurs » : pourquoi ce n’est plus suffisant !”

  1. Bonjour,
    La réussite… pour moi réussir signifie vivre une vie épanouie et peinte de mille couleurs. C’est ce que je souhaite à mon p’tit gars pour sa vie à lui : qu’il trouve qui il a envie d’Être.
    Le système éducatif montre ses faiblesses et son avancée vers sa propre fin… Il est temps de laisser place aux vrais talents de chacun, d’en finir avec les hiérarchisations des métiers.
    Ne pourrions nous pas envisager des parcours scolaires avec un changement des matières enseignées en première intention (développement de l’estime de soi, de l’Amour et du respect de l’autre, développement des aptitudes naturelles et talents…) et avec de larges possibilités de retour en arrière et bifurcations dans les filières.
    Il est nécessaire de mettre l’échec à sa juste place : une opportunité d’apprentissage et non plus comme une tare honteuse qui nous empêchera définitivement de nous relever et d’avancer…

    Bien à vous

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