J’ai le privilège d’accueillir aujourd’hui Anouchka, auteur du blog Enfance Heureuse pour Un Monde Heureux

Avez-vous déjà entendu cette consigne « Je ne donnerai pas beaucoup de devoirs cette année. En revanche, ce qui est vraiment important, c’est que votre enfant lise 20 minutes tous les soirs à la maison » ? Une consigne qui s’appuie sur plusieurs études scientifiques, qui ont mis en évidence que la lecture est un socle de la réussite scolaire et d’une bonne aisance de communication dans la vie. Et que la lecture, c’est comme pour devenir forgeron : « c’est en lisant qu’on devient lecteur ».

Seulement voilà, le vôtre d’enfant, quand vous lui suggérez délicatement d’ouvrir un livre le soir à la maison pour faire son temps de lecture, vous vous sentez dans le même état que le dresseur avant d’entrer dans la cage aux fauves… en vous demandant à quelle sauce vous allez être mangé ! Parce que vous savez que ça ne va pas – mais alors pas du tout – bien se passer 🙁

Comment en sortir ? Je laisse la parole à Anouchka, blogueuse, maman et enseignante, qui nous fait l’amitié de partager son expérience aujourd’hui


Vous ne comprenez pas, il adorait les histoires lorsqu’il était tout petit mais maintenant qu’il sait lire, il rechigne à le faire, ne s’enthousiasme pas lorsque vous lui offrez un livre, n’en ouvre pour ainsi dire jamais sauf si son maître ou sa maîtresse l’y oblige.

Ne vous inquiétez pas ! Il n’est pas trop tard. Les choses peuvent changer 🙂 

Pourquoi à partir du CP mon enfant ne veut plus ouvrir un livre ?

Lorsqu’il était en Maternelle, votre enfant prenait du plaisir à vous écouter lui raconter une histoire, il feuilletait même les livres tout seul, se répétait l’histoire qu’il avait tant entendue ou peut-être même s’inventait d’autres histoires à partir du livre. Alors que s’est-il passé entre la Maternelle et la fin du CP pour que votre enfant se détourne complètement de la lecture ? 

J’aime PAS lire

Lorsque votre enfant entre en CP, il a bien compris qu’il allait apprendre à lire. Tous les adultes qui l’entourent lui ont au moins dit une fois ! Il a souvent hâte. Mais une fois arrivé en CP, la lecture devient un apprentissage pas toujours ludique. Il doit apprendre les sons des lettres, les combiner entre elles.  Il doit s’entraîner à la maison en ayant parfois des devoirs très longs à faire, lui qui était habitué à uniquement jouer après l’école. La lecture devient un exercice et perd son côté ludique initial. Pire même, elle peut devenir la cause de tensions avec vous. L’ambiance à la maison en devient  parfois électrique !

C’est pour cette raison qu’il est essentiel de poursuivre les moments de « lecture plaisir » avec lui. L’accompagner dans l’apprentissage de l’acquisition de la lecture c’est non seulement veiller à son entraînement quotidien par le biais des devoirs mais c’est également, continuer de lui lire des histoires, de discuter autour du livre : sur les personnages, les lieux de l’histoire, les idées dégagées, les sentiments ou les émotions que cela suscite chez lui. Par exemple, commentez les images avec lui: l’élégance des dessins, les couleurs, les expressions des personnages, demandez-lui ce qu’il pense de l’attitude de tel protagoniste, ce qu’il aurait fait à sa place…

Et ce, même lorsqu’il sait bien lire.

Continuez de lui lire des histoires

Retrouver le plaisir de lire ENSEMBLE !

Trop souvent, les parents cessent de lire des histoires à leur enfant dès le CP/CE1, se disant qu’ils peuvent lire  leur livre tout seul, le soir avant de s’endormir. Vous rendez-vous compte de quoi l’acquisition de la lecture les prive ? De ces moments tellement privilégiés avec vous. De ces moments tellement complices. Alors pour peu que leur lecture ne soit pas encore fluide, en voilà une raison inconsciente d’en vouloir à la lecture et de ne plus vouloir lire !

Même si votre enfant commence à savoir lire, je vous invite à continuer de lui lire des histoires mais également à avoir des temps de lecture partagée. Les dialogues sont propices à ce type de lecture. Chacun lit ce que dit un personnage. Invitez-le à mettre le ton. Ainsi vous faites évoluer les échanges complices que vous pouviez avoir autour de la lecture. Pour lui, la lecture reste alors associée à un moment agréable.

Proposez-lui des documentaires

Des documentaires pour réveiller sa CURIOSITE !

Pensez également à lui proposer des documentaires pour éveiller sa curiosité. De plus, ce type de lecture est complètement différent de celle d’un roman. Les textes sont au présent, donc plus simples mais en revanche utilisent un vocabulaire spécifique qu’ils ne connaissent pas toujours.

Cependant, certains enfants accrocheront plus facilement car il y a de belles images, les thèmes abordés sont proches de leurs préoccupations, les passionnent ou alors les fascinent (le corps, la mer, les volcans, la danse, les chevaliers, les Indiens d’Amérique etc.) La collection La grande Imagerie chez Fleurus est super pour les 6-9 ans ! Les thèmes abordés sont vraiment diversifiés : des documentaires sur les planètes, en passant par le cerveau, la première guerre mondiale, les animaux préhistoriques, les gladiateurs ou les chats, il y en aura forcément un susceptible d’intéresser votre enfant !

Ces lectures partagées autour d’un documentaire sont l’occasion :

  • pour lui, de s’ouvrir au monde qui l’entoure, de lire des textes plus courts qui commentent ou approfondissent les images ; donc plus concrets et accessibles pour un lecteur fragile.
  • pour vous, d’échanger avec votre enfant, de lui expliquer avec un support (le livre) des choses auxquelles vous n’auriez peut-être pas pensé, et donc de créer une plus grande complicité par le biais du livre.

Diversifiez les genres et les types de texte   

Lire autrement, c’est encore LIRE !

Votre enfant vient de recevoir un nouveau jeu de société ou un nouveau réveil pour éclairer sa chambre la nuit 😉 ?

Lisez ensemble la règle du jeu ou le mode d’emploi !

Vous avez décidé de faire un gâteau en ce dimanche pluvieux ?

C’est lui qui lira la liste des ingrédients et la recette.

Dans votre quotidien, tout peut devenir un nouveau prétexte pour lire avec votre enfant.

La lecture fait sens : elle devient nécessaire, utile et divertissante 🙂  

Quand arrivera-t-il à prendre du plaisir à lire tout seul ?

En fait, pour que la lecture autonome  soit pour votre enfant source de plaisir, il faut avant tout qu’elle soit fluide. C’est à dire qu’il ait acquis une lecture précise, assez rapide, réalisée sans effort (il ne faut pas qu’il bute sur les mots) et avec un ton adapté qui permet de centrer son attention sur la compréhension.

Lire pour son plus fidèle compagnon, un vrai PLAISIR

De cette manière, il sera en mesure d’en saisir tout le sens.

Il pourra créer son propre film: il mettra un visage sur les personnages et les lieux et se délectera des images qui défilent au rythme des mots.

Cette aisance de lecture s’acquiert à des âges différents selon les enfants. Dès 7 ans pour certains, pour d’autres, pas avant le collège.

Ce qui est certain c’est que plus un enfant pratique la lecture: s’exerce à lire et prend du plaisir à lire à vos côtés, plus vite il accédera à la fluidité.

Quels sont les obstacles ?

Pour une majorité d’enfants, l’entrainement (à l’école puis à la maison) ajouté aux activités de pur plaisir de lire décrites ci-dessus suffira. Mais pour d’autres, l’accès au plaisir de lire sera plus compliqué. Ce sont des lecteurs fragiles ou précaires qui rencontrent un texte à travers un voile plus ou moins opaque.

Cette opacité peut être due à plusieurs facteurs : un déficit dans le développement des compétences langagières (mots inconnus, expressions langagières ou syntaxiques non maîtrisées), une mauvaise connaissance des sons (les plus complexes), un déchiffrage lacunaire des mots, une mémorisation insuffisante de ce qui vient d’être lu.

Quand lire devient un EFFORT décourageant

Il suffit par exemple que le lecteur méconnaisse la signification de 5 % des mots d’un texte pour que le sens global lui échappe.

C’est pourquoi il est essentiel de confronter votre enfant dès le plus jeune âge au monde des livres, il acquiert ainsi plus de vocabulaire que celui du quotidien et surtout des structures langagières plus complexes.    

Prenons cet exemple pour bien comprendre :

« La plupart du temps, je surveille les lecteurs. Je les connais tous. Ils ont leurs habitudes. Certains reniflent les livres comme s’ils choisissaient un camembert. D’autres se servent au hasard. Ils adorent les surprises. La librairie, c’est une loterie ! Et puis il y a ceux qui n’arrivent pas à se décider. Ils prennent. Ils reposent. Ils reprennent. Finalement se ravisent et remettent le livre à sa place. Souvent, ils repartent les mains vides, gênés de n’avoir rien acheté. « 

Extrait du livre : « Le buveur d’encre » de E. Sanvoisin
Livre faisant partie de la liste conseillée par le Ministère de l’Education Nationale pour les CE2

1. Voyez en violet, tous les pronoms présents dans ces quelques lignes. Pour nous, cela semble simple mais pour un jeune lecteur, cela lui demande de connaître leurs valeurs : à qui font-ils référence ? Voyez également dans l’avant dernière phrase, les verbes « se ravisent et remettent » n’ont même pas de sujet. Il faut se souvenir de l’avoir lu dans la phrase précédente. Lorsque la lecture est lente et laborieuse, la mémorisation de ce qui vient d’être lu n’est pas optimale, donc si les personnages ne sont pas clairement identifiés, le lecteur se perd facilement.

2. En bleu, les mots de vocabulaire ou expression qu’ils peuvent méconnaître.

3. En rose, les expressions langagières qui utilisent des pronoms relatifs (qui, que, dont…) sont loin d’être évidentes à comprendre. 

Rien que ces quelques lignes, extraites d’un livre conseillé pour les CE2, peuvent perdre un lecteur fragile. Alors imaginez lorsqu’il doit en lire tout un chapitre !

5 Derniers conseils pour les faire aimer lire : 

1. Tout d’abord, comme je l’explique dans un article de mon blog : Enfance Heureuse pour Un monde Heureux, les enfants ne font pas ce que nous disons, ils font ce que nous faisons.

Donc, si vous même, vous ne lisez jamais, si votre enfant ne voit ni son papa ni sa maman lire, il y a de fortes chances pour que lui-même ne lise pas. Donc, montrez-lui l’exemple ! Montrez-lui que vous lisez, peu importe le genre : romans, documentaires, magazines …

2. Continuez de lire des histoires à votre enfant, même s’il sait déjà lire, pendant toute la durée de l’école élémentaire, et pourquoi pas même au début du collège, s’il y prend toujours du plaisir et vous également !

3. Autorisez-le à lire les livres qui lui plaisent : il adore les BD ? les mangas ? Ne l’en privez pas. Ne dévalorisez pas non plus ses goûts.

Intéressez-vous plutôt aux raisons de ses choix. Demandez-lui en quoi ça lui plait. Ces catégories de livre étant imagées, c’est souvent beaucoup plus facile à lire. L’image aide à la compréhension. Et puis, il ne faut pas croire, des BD et des mangas de qualité, ça existe !

4. Amenez-le à découvrir et à aimer d’autres genres littéraires en sélectionnant des romans dont la catégorie est susceptible de lui plaire (comique, policier, science-fiction, suspens, aventure, fantastique) ou dont le thème le passionne (la danse, le football, le Japon, les chevaliers etc…).

Puis commencez à lui lire les premiers chapitres pour un roman, de sorte que l’intrigue soit déjà amorcée. S’il est vraiment devenu réfractaire à la lecture, lisez-lui le livre entièrement. Profitez-en pour échanger autour du livre sur ce qui lui a plu, moins plu, comment il a trouvé tel personnage, si tel lieu le fait rêver etc…

Renouvelez l’expérience avec d’autres livres puis progressivement, lisez un chapitre (ou une page, 2-3 pages, selon son niveau de lecture) sur deux. Par exemple, vous lui lisez un chapitre au moment du coucher puis vous l’invitez à lire tout seul quelques pages avant de s’endormir. Le lendemain, avant de continuer la lecture, vous lui demandez qu’il vous raconte ce qu’il a lu la veille.

5. Fréquentez les bibliothèques et les librairies.

Laissez-le prendre le temps de flâner dans les rayons, de feuilleter des livres avant de choisir. S’il ne lit que des BD ou des mangas, progressivement, invitez-le à choisir également une autre catégorie de livre que vous lirez ensemble.

Et vous, avez-vous trouvé d’autres astuces pour amener votre enfant à aimer lire ?

4 comments on “Mon enfant n’aime pas lire, que faire ?”

  1. Bonjour,
    Au moins je suis prévenue : ce n’est pas parce que mon p’tit gars de 2 ans adore les livres que tout est gagné… lol
    Je voulais ajouter qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre à aimer les livres. J’ai moi même boudé les livres pendant toute ma scolarité car je n’aimais pas les livres que l’on m’obligeait à lire. Je trichais aux interros de lecture… booohhh (ça vous ne le dites pas aux enfants !!!)
    Et finalement c’est à l’age de 23 ans, coincés dans mon hôtel à cause d’une alerte cyclone, que j’ai sorti un livre… que j’ai lu dans la journée, puis j’ai enchainé avec un second livre qui m a tenue éveillée des nuits entières… Et voilà la machine était relancée ! Depuis je dévore les livres, c’est mon plus gros budget, je traine en plus dans les médiathèques et je pense ne pas avoir assez de toute ma vie pour lire tous les livres que je voudrais.
    Alors, si votre enfant ne lit pas en ce moment… il s’y mettra quand même peut être un jour en tombant par hasard sur LE livre qui le réconcilie avec les mots 😉
    Bien à vous

    • Un grand merci Caroline pour votre joli témoignage de maman lectrice passionnée 🙂
      Votre expérience positive, même « tardive », avec les livres, rassurera les parents désespérés de voir leur enfant bouder la lecture.
      Gardons à l’esprit que LIRE rime avec PLAISIR 😉

  2. Je suis bien d’accord avec tous ces conseils. Nous, les adultes, oublions que l’enthousiasme est une clef de l’apprentissage !!
    Si nous limitons la lecture à une obligation fastidieuse, ils perdent cet enthousiasme, c’est aussi simple que cela.
    Et pourtant, si nous les accompagnons dans leur découverte des mots et des symboles, pas de doute, ils apprendront avec plaisir.

    • Merci, Coralie, pour votre commentaire. En effet, tout bébé, notre enfant éprouve beaucoup de plaisir à regarder les illustrations, à écouter la voix de son parent lui lisant une histoire, bien au chaud serré contre lui. C’est au final une expérience sensorielle qu’il découvre avec le livre. Pourquoi en grandissant la lecture se cantonnerait-elle alors à un entraînement systématique tellement éloigné de ce plaisir initial ?

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