Notes ecole biaisees
Et toi, tu as eu combien ?

Voilà un mois et demi que la rentrée est passée. Et les premières notes ont commencé à tomber à l’école. 

Vous avez été agréablement surpris du 16/20 ramené par votre enfant en maths « Ca, c’est un bon début d’année, bravo ! »

Vous avez été outré par le 3/20 en français « Non mais franchement, y’a pas idée de décourager les élèves comme ça, dès le début d’année !! Et toi, qu’est-ce que tu as fabriqué pour ramener une note pareille ? » 

Et peut-être commencez-vous à être titillé par une question « Mais est-ce qu’elles sont vraiment valables, ces notes ? »

« L’an dernier, mon fils était moyen-bon en français, cette année il a eu 3/20 au 1er contrôle. Je ne comprends pas ce qui se passe »

« Ma fille a fait énormément d’efforts en maths, et pourtant aucun progrès, elle plafonne toujours à 9/20. C’est quand même dingue ! »

Outre-Rhin aussi, le débat sur les notes fait rage. J’ai reçu de Reiner, proviseur en Allemagne, formateur en France et lecteur de Parents du 21ème siècle, ce passionnant extrait du livre publié en Allemagne « J’AI 20/20! ET TOI? Du mensonge de la notation à une meilleure culture de l’apprentissage » par Ursula Leppert.  

Mes plus vifs remerciements à Reiner qui a traduit cet extrait en français pour nous le rendre accessible 🙂 

Voici l’extrait. Et voici une question pour vous pendant la lecture : Pensez-vous qu’il faut jeter les notes à la poubelle ? Je vous retrouve en bas de l’article pour vos réactions ! 

 

20 faits qui prouvent que les notes ne sont ni objectives, ni valides, ni fiables

Des enquêtes empiriques ont démontré que les notes ne sont ni objectives, ni valides, ni fiables. Elles contiennent des erreurs de jugement et de calcul. Les notations des professeurs sont fausses. Ceci n’est pas dû à leurs erreurs personnelles, mais plutôt au système de la notation proprement dite. Personne ne peut agir autrement dans ce système.

Voici les résultats de l’enquête:

  1. Des professeurs différents notent différemment une même copie et ceci dans toutes les matières. « La grande fluctuation dans l’évaluation des performances linguistiques orales et écrites est bien connue. Ce qui est moins connu, c’est qu’il y a des divergences importantes dans les notations de professeurs différents en mathématiques“ (Sacher 1994, Prüfen – beurteilen – benoten: theoretische Grundlagen und praktische Hilfestellungen, S. 35). On sait aussi que des professeurs donnent des notes différentes quand on leur demande de noter la même copie une deuxième fois.
  2. L’âge, le sexe, la formation et la motivation d’un professeur ainsi que son idée du rôle du professeur influencent son jugement.
  3. L’attitude, les vêtements, la coiffure, la façon de parler des élèves jouent un rôle. On parle de « l’effet halo » quand une seule qualité (une seule propriété) éclipse tout le reste. Des lèvres très fardées ont un impact négatif, des lunettes ont un impact positif sur la notation. (Ingenkamp 1989, Die Fragwürdigkeit der Zensurengebung).
  4. La sympathie et les attentes de l’enseignant ont aussi un effet. Des performances faibles ne portent pas préjudice à un élève sympathique, les bonnes performances n’aident pas l’élève peu sympathique. L’attente du professeur détermine aussi bien son propre comportement que celui de l’élève. Jürgens parle d’une prophétie auto-réalisatrice (self-fulfilling prophecy) quand un professeur note un élève de façon négative jusqu’à ce que celui-ci accepte ce jugement négatif et programme ainsi son parcours scolaire de façon péjorative (Jürgewns 2005, Leistung und Beurteilung in der Schule, St. Augustin, S.84).
  5. Les élèves qui redoublent sont notés plus sévèrement excepté en musique, arts plastiques et sport. Leurs performances peuvent s’améliorer au début du redoublement mais se stabilisent à l’ancien niveau puisqu’ils ne sont pas encouragés dans leur nouvelle classe (Liegmann 2008, Schulformwechsel, Perspektiven auf schulische Selektionsprozesse, S.38) et ne s’y attendent pas. Ils ne voient une possibilité d’améliorer leurs performances qu’en dehors de l’école, par exemple par des cours privés. Ils ne voient pas leurs enseignants en tant que promoteurs (ibid. S.85).
  6. La loi des séries. Après plusieurs mauvaises copies, une bonne copie est mieux notée qu’après plusieurs bonnes copies. Une mauvaise copie est jugée plus mauvaise encore quand elle est notée dans un tas de bonnes copies. Pour un professeur c’est un problème de donner la meilleure note à cinq copies de suite « Ceci entre en collision avec la dogme inexprimé que tant de très bonnes notes l’une après l’autre ne peuvent pas exister » (Sacher 1994, cf. ci-dessus).
  7. Le facteur de sévérité. Quelqu’un qui note de façon plus sévère met l’accent sur les fautes, fait moins valoir ce qui est positif et donne plus rarement des bonnes notes « Le raisonnement d’un professeur qu’il s’agit d’une mauvaise classe doit toujours être mis en doute quand ce professeur donne des notes plus sévères dans plusieurs classes et même dans des classes dont le niveau n’est pas frappant négativement pour d’autres collègues ou dans d’autres matières » (Sacher, 1994, cf. ci-dessus S.41). Les enseignants qui pratiquent une notation trop positive font juste le contraire.
  8. La tendance vers le milieu et la tendance vers l’extrême. Un enseignant donne toujours des notes extrêmes ou il n’en donne jamais. Ce phénomène est encore peu étudié, mais il est évident que le procédé est subjectif.
  9. Pendant une correction, les critères de la notation changent. Certains enseignants notent de façon plus sévère au début, d’autres à la fin d’une série de corrections.
  10. Le nombre de points maximal et la répartition des points sur les notes sont différents. Quand on part d’un nombre élevé de points accessibles, on peut mieux différencier et les notes seront meilleures. A l’école primaire, souvent un seul point peut provoquer une autre note.
  11. Calculer une moyenne (de notes) à l’école, est mathématiquement absurde parce que les notes ne sont pas une quantité mathématique. Elles décrivent, au contraire, une séquence. En Allemagne, avec la note 1 on est le premier, avec un 6 on est le dernier. Le problème est facilement compréhensible quand on fait l’expérience suivante. Au lieu de numéros, une performance peut être notée par une lettre, comme cela se fait dans de nombreux pays. Une moyenne de lettres n’existe pas. En outre, la moyenne n’exprime quelque chose de judicieux qu’à la condition de mesurer des valeurs qui sont uniformément réparties sur une échelle. Par exemple, quand on mesure la température, la vitesse etc… Or, en Allemagne, les notes ne sont pas réparties de façon régulière sur l’échelle de notation. Pour la moitié du savoir exigé, on obtient la note 4 (minus). Le secteur central de la note 4 et celui de la note 6 sont larges. Le secteur de de la note 1 est étroit. L’utilisation de chiffres a tendance à voir les notes en tant que données mathématiques et à les traiter selon les règles des mathématiques. Or les notes ne sont que des sigles pour des jugements qualitatifs. Néanmoins, on fait constamment la moyenne qui sera décisive pour l’obtention d’une note finale, le passage dans la classe supérieure, l’accès à une école du secondaire, une formation professionnelle ou même à l’université.
  12. Les filles sont mieux notées que les garçons.
  13. Les enfants issus de milieux défavorisés sont moins bien notés que les enfants des classes supérieures. Ces derniers réussissent, avec la même intelligence, à accéder au lycée trois fois plus en Saxe et sept fois plus en Bavière que les enfants des milieux défavorisés. (PISA-Konsortium 2005, PISA 2003, Der zweite Vergleich der Länder in Deutschland. Was wissen und können Jugendliche?)
  14. Les enfants issus de l’immigration, en particulier au niveau de l’école primaire, sont également moins bien notés. Ils doivent être nettement meilleurs que les enfants issus des classes supérieures pour être proposés par les instituteurs pour la voie générale (Gymnasium).
  15. Après la quatrième classe de l’école primaire, les élèves avec les meilleures notes vont au collège (Realschule ou Gymnasium). Par conséquent, ils devraient y obtenir également de très bonnes notes. Au lieu de cela, ils connaissent une baisse dans leurs notes. Il est absurde de dire : « Au collège, on leur demande une plus grande performance ! » Le « Plus » doit être enseigné pour que les élèves puissent réaliser leurs capacités et continuent à réussir. Réclamer une différence au niveau de l’échelle d’évaluation entre le primaire et le collège signifierait par exemple que « Degré Celsius » ne se mesure pas de la même façon au Pôle Nord qu’à l’Equateur.
  16. Ainsi, dans les classes supérieures du collège (Realschule et Gymnasium), la moyenne des élèves n’est pas non plus meilleure, quoique les mauvais élèves aient été éliminés peu à peu pour redoubler une classe ou passer à un autre niveau de l’enseignement secondaire. Comme seulement les meilleurs restent, la moyenne des notes devrait s’améliorer et la courbe de Gauss devrait se pencher vers la gauche en direction de la note „Un“. Mais elle ne le fait pas. La notation est donc de plus en plus sévère (stricte), ce qui contredit une évaluation adéquate de la performance. Ceci est valable aussi pour les soi-disantes « classes de surdoués ». Là aussi, la distribution normale gaussienne prévaut, de sorte qu’on définit à nouveau des bons, moyens et faibles élèves.
  17. Une note décrit l’état actuel. Elle a pourtant deux composantes temporelles : le regard en arrière sur la progression de l’apprentissage et le regard vers l’avenir pour pronostiquer le développement de la performance. La valeur pronostique des notes est faible. Près de la moitié des avis de passage donnés par les instituteurs de la 4ème classe est erroné. Le rapport sur l’éducation « 2008 München » parle de 40% des élèves de la voie générale (Gymnasium), donc presque la moitié, qui n’obtiendront finalement pas le bac.
  18. Les notes sont illogiques. Un élève n’a pas bien préparé l’interrogation écrite sur le thème de la multiplication et il a obtenu la note « Cinq ». Après cela, il a bûché la multiplication et le sujet de la prochaine composition, le calcul des fractions. Il a alors très bien maîtrisé la multiplication et le calcul des fractions. Dans l’interrogation écrite suivante, il a obtenu la note « Un ». Sur son bulletin trimestriel, sa moyenne est « Trois » bien que son niveau actuel de connaissances soit très bon. (voir Huisken 1992. Ni pour l’école, ni pour la vie, p.219 f).
  19. Les notes sont unidimensionnelles. Un „Deux“ dans une langue étrangère ne dit rien de la façon dont un élève parle la langue. Un élève très appliqué peut obtenir de bonnes notes. Qu’il sache bien parler la langue, n’est pas certain. Les élèves timides obtiennent des notes moins bonnes. On ne mesure que ce qu’ils disent, leur performance. Leurs connaissances réelles restent dans l’obscurité, dans leur intérieur.
  20. Une note décrit une hiérarchie dans une classe. Le classement d’un élève dans la classe „A“ peut être un tout autre que dans la classe „B“. Comme il n’y a pas de norme universelle pour la notation, chaque enseignant a la sienne. Donc, il existe autant de normes que d’enseignants. Les tests identiques avec le même schéma de correction n’y changent rien. La composition de la classe, la manière d’enseigner des enseignants différents et leur échelle de notation se distinguent.

Extrait autorisé de: Ursula Leppert: ICH HABE EINE EINS! UND DU? Von der Notenlüge zur Praxis einer besseren Lernkultur, München (Libress bei Uni-Online Extrait autorisé de: Press) 2010.

Comment ça se passe chez vous ?

Vous avez été interpellé par cet article ? Je vous invite maintenant à faire 2 choses :

  1. Laissez un commentaire pour partager votre avis et votre expérience : les notes sont-elles à jeter aux orties ? Par quoi les remplacer ? Sont-elles le moins mauvais système pour évaluer les élèves ?
  2. Partagez cet article avec vos amis sur Facebook en cliquant sur le bouton « F » à votre gauche… pour que d’autres parents soient rassurés que le 5/20 en maths ou le 16/20 en français ne porte pas de jugement définitif sur les qualités et l’avenir de leur enfant 🙂

Pour aller + loin et si vous parlez allemand, voici un lien direct vers le livre d’Ursula Leppert :

ich-hab-eine-eins-ursula-leppert

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photo : Olivier Le Moal

Recherches utilisées pour trouver cet article : comment obtenir des meilleurs notes à l\école ,la verite sur lecol

14 comments on “La vérité sur les notes à l’école : pourquoi elles sont biaisées”

  1. article tres interessant !! Je suis a 100% d’accord ! J’ai d’ailleurs un exemple tres concret dans ma propre experience : J’avais entre 18 et 19/20 de moyenne en anglais en terminale, je n’ai eu « que » 12/20 au bac et quand je suis alle ensuite en ecole de commerce je faisais parti des moins bons eleves dans cette langue !! Comme quoi…..
    Mes enfants n’ont pas encore de notes a l’ecole mais quelques feu vert /rouge ou orange ou encore des visage souriant ou pas…. Ce qui est un peu moins stigmatisant mais pas tant que cela.

    Moi j’aimerais plutot que les enseignants fassent des entretiens individuels a chaque rentree avec chacun de leurs eleves pour etablir ou l’eleve pense etre dans la matiere et ou il aimerait arriver a la fin de l’annee, en accord avec le prof. Et ensuite au cours de l’annee le prof mettrait des annotations mensuelles pour dire les progres constates et faire un nouvel entretien avec l’eleve s’il apparait que l’objectif va etre difficile a atteindre. Faire des sortes de contrat entre prof et eleve, et je sais que cela se pratique deja dans certaines pedagogies. Ca me parait beaucoup plus adapte a la personnalite / specificite de chacun puisqu’il est etabli maintenant scientifiquement que nous n’avons pas tous le meme type d’intelligence, de facon d’apprendre

    Merci pour cet article et la traduction

    • Bonjour LNBL,

      Merci pour votre commentaire ! J’aime beaucoup votre proposition de contrat prof-élève 🙂

      A bientôt,
      Magali.

  2. Chez nous on pratique l’instruction en famille : je ne note pas mes enfants.
    J’ai eu un passé scolaire brillant, tête de classe, meilleures notes etc, pour découvrir en sortant de la fac que je ne savais rien …
    Les bonnes notes rendent paresseux, les mauvaises rendent désabusé et passif …
    Les notes tuent le sens de l’enseignement et de l’apprentissage, on n’apprend pas pour maîtriser des compétences concrètes, pour connaître, étancher une soif de savoir, se dépasser … on n’apprend plus que pour avoir une « bonne » note, ou au moins la moyenne pour passer …

    Pour mes enfants je leur montre leurs progrès, on remonte dans les cahiers pour constater que l’écriture s’est améliorée, etc. S’ils se laissent aller on regarde aussi dans les cahiers pour leur montrer qu’ils peuvent faire mieux que ça. Jusqu’ici ça fonctionne bien.

    • Bonjour Clo,

      Merci pour votre partage d’expérience !

      Bien d’accord avec vous, les notes ont tendance à devenir une fin en soi et c’est un vrai travers…

      Je suis tout de même sûre que vous avez appris beaucoup dans votre parcours scolaire, dont vous faites bénéficier vos enfants aujourd’hui 😉

      A bientôt,
      Magali.

  3. Les notes stressent l’élève quelque soit son niveau. Le bon élève a peur de descendre. En difficulté, il a peur de prendre une nouvelle claque.
    Avec la réforme des collèges, les notes sont censées disparaitre, mais la culture française est sévèrement accrochée à ce système, parents inclus.
    L’instruction en famille et les écoles alternatives type Montessori ont beaucoup à apprendre à nptre bonne éducation nationale …

  4. Je ne veux surtout pas vous ôter tout espoir, mais les notes ne vont pas disparaître, ni au collège ni ailleurs.
    Le problème entre le bac et l’université, c’est que la baisse du niveau au collège et au lycée n’a pas eu d’impact sur la fac, si ce n’est un taux d’échec hallucinant en L1. Les profs de fac savent ce qu’ils veulent en terme de niveau dans leur cours, et notent en conséquence.
    Bien sûr, vous avez des enfants qui vivent mal d’avoir une mauvaise note, mais observez aussi leur fierté quand ils en ont une bonne.
    Les professeurs ne notent pas « au doigt mouillé » , ou alors en Allemagne, puisque c’est cela que décrit l’auteur du livre. Il y a des matières où ce qu’avance l’auteur est assez stupéfiant : les sciences dures, par exemple, mais aussi les matières qui demandent qu’on ait appris, comme l’histoire/géo, les sciences naturelles … sont notées avec rigueur.
    La plupart des enseignants sont bienveillants avec leur élèves, et ne voient dans les notes qu’ils mettent qu’une évaluation du travail fait par l’élève, donc ces histoires de lunettes et de rouge à lèvres … sont tout aussi étranges que le reste du texte.

    Voilà … vous l’aurez peut-être deviné … je suis prof, et chaque année je déploie des trésors d’imagination et d’attention pour mettre la meilleure note possible à mes élèves. Les copies étant anonymes, je ne fais aucun favoritisme …

    • Bonjour Chris,

      Merci pour votre message et le partage de votre expérience, c’est toujours un plaisir quand des enseignants apportent leur éclairage sur ce blog ! Et encore plus quand ces enseignants sont passionnés et bienveillants avec leurs élèves comme vous l’êtes 🙂

      Il est un point sur lequel je ne suis pas d’accord avec vous toutefois, c’est sur la rigueur/ l’objectivité des notes. Il existe bel et bien des biais et il est important d’en prendre conscience. Non pas pour tout jeter au panier, mais simplement pour se questionner et progresser.

      Voici un court article qui reprend quelques résultats d’études, dont celle célèbre sur les filles qui réussissent mieux un exercice lorsqu’on leur dit que c’est du « dessin » et les garçons qui réussissent mieux le même exercice quand on leur dit que c’est de la « géométrie » :
      https://www.espace-sciences.org/sites/espace-sciences.org/files/documents/expositions/2011/documents/8-filles_et_garcons_face_aux_mathematiques1.pdf

      Et cette note de l’Institut des Politiques Publiques, qui rappelle l’importance de l’effet pygmalion dans la progression des notes des filles en maths :
      http://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2014/12/n14-notesIPP-decembre2014.pdf

      Là où je suis d’accord avec vous, en revanche, c’est qu’il y a un gouffre entre le niveau attendu des élèves en terminale et celui attendu en 1ère année d’études supérieures. Notre système scolaire crée massivement de l’échec qui n’est bon pour personne, ni pour les élèves, ni pour leurs parents, ni pour leurs enseignants, ni pour la société en général 🙁

      A bientôt sur Parents du 21ème siècle !
      Magali

  5. Ce phénomène de biais dans la notation est également très connu, et depuis longtemps en France également. Je vous recommande le livre d’André Antibi « La constante macabre » sur l’utilisation de l’échelle de notation dans un paquet de copies (1/3 de bons, 1/3 de moyens, 1/3 de mauvais, quelle que soit la classe pour faire vite), en ceci en mathématiques… Les enseignants français, dont j’ai fait partie pendant 23 ans, ne sont pas formés en sciences de l’éducation et croient, eux aussi, que les disciplines scientifiques, sont évaluées avec rigueur et sans biais. Or, il suffit d’avoir fait partie d’une réunion de pré-entente pour le bac, où nous sommes une dizaine d’enseignants à noter quelques copies test, pour mettre en lumière, de façon évidente, des écarts de notes allant parfois de 6 ou 7 points pour la même copie. Les consignes données par les inspecteurs tentent de réduire ces écarts.
    Les évolutions de ces dernières années vont dans le sens d’une évaluation par compétences, sur le modèle d’un contrat enseignant/élève, comme le préconise l’un des commentaires mais les parents eux-mêmes sont très attachés aux notes et stigmatisent les enseignants qui ont une évaluation trop positive ou ceux qui ne donnent pas de notes. C’est toute la société française qui doit avancer sur la conception de l’école, pas seulement les enseignants, qui sont, eux-mêmes, parfois prisonniers d’un système.

  6. Bonjour!
    Merci pour votre article passionnant. Je suis professeur de mathématiques depuis 8 ans.
    J’ai enseigné 6 ans au collège et j’ai eu la chance de pouvoir évaluer par compétence. J’ai trouvé que cela changeait complètement ma manière d’évaluer…je ne construisais plus les évaluations de la même manière, cherchant juste à voir si la notion etait comprise ou la méthode maîtrisée. Les élèves avaient la possibilité de repasser une compétence. Je leur expliquais que pour moi l’objectif etait qu ils comprennent. Que c’est normal qu on ne mette pas tous le même temps pour comprndre une notion. Le climat de classe etait plus serein , pas de compétition et beaucoup d’entraide.
    Après ce n’est pas parce qu’un jour l’élève réussit quelque chose qu il réussira à le faire dans quelques jours, semaines , mois ou année et c’est bien un des problèmes de l’évaluation. On évalue seulement à un moment donné. Mais comment faire ?!

    Depuis que j’enseigne au lycée je suis confrontée à d autres problèmes. En seconde , il faut des notes car décisives sur le passage dans une filière ou dans une autre. Et donc la note classe les élèves. En conseil de classe j’ai remarqué que si les notes sont bonnes pour tout le monde ou catastrophique pour tout le monde c’est comme si elles.n’avaient aucune valeur. On n’en tient plus compte.
    Pour moi, avec 35 élèves par classe impossible de faire rattraper les intérros ou contrôle raté. Par contre j’essaye de les rassurer sur les exigences. En début d’année je pratique le contrôle par contrat de confiance d antibi. Les élèves sont évalués sur des questions et des exercices qu On a fait en classe ensemble. Je ne change même pas les nombres. Afin qu’ils comprennent que l’évaluation n est pas un piège. Je vérifie simplement. Dans un deuxième temps les élèves ont le droit de se créer une antiseche qu ils garderont pendant le contrôle. Ça me permet de voir avec eux comment ils travaillent qu’est ce qu’il faut noter. C’est très instructif. Et plus l antiseche est bien faite moins elle serre. Car en se la créant l’élève a travaillé ses points faibles.
    En première je me sens plus libre pour l’évaluation car il n’y a pas d’enjeux en maths. Les élèves peuvent avoir plusieurs chances mais je leur demande toujours de me montrer qu ils ont travaillé entre les deux jets. Car faire dix mille rattrapages sans travail entre ne sert à rien. Ca les rassure beaucoup et ils progressent énormément.
    En terminal je me sens encore en grande réflexion. Je ne veux pas les mentir pour le bac et le supérieur mais commencer l’année avec 3 de moyenne n est pas encourageant. Je suis partagée en leur donnant des chances (mais c’est un peu leur mentir par rapport à ce qui les attend après) ou essayer d’être la plus juste par rapport à une référence (noter comme au bac ou comme dans le supérieur).
    Pour conclure:
    Je suis pour l’enseignement sans notes Je pense que ça changerait complètement la relation aux apprentissages, les élèves se sentiraient plus serein d’apprendre à leur rythme et à leur façon.. .Mais j’ai l impression que la société n est pas prête à ca…

    • Bonsoir Marie,

      Un immense merci pour le partage de votre expérience et de vos réflexions ! Dans un autre domaine, j’ai eu la même expérience : dès que l’on met une note, le débat se crispe… sur la note. Et on en oublie ce sur quoi nous devrions mettre l’essentiel de notre énergie : apprendre, comprendre, coopérer, progresser.

      Effectivement en terminale, l’équilibre doit être délicat à trouver entre respect des règles du jeu « notation bac et enseignement supérieur » et encourager les élèves à apprendre et progresser à leur rythme. Echangez-vous avec des groupes d’enseignants tels que EduVoices ou Etre Prof sur cette question ?

      A bientôt sur Parents du 21ème siècle,
      Magali

      • Merci Magali!
        On échange beaucoup entre collègues sur ces questions mais je n’ai pas l’habitude d avoir ces réflexions sur des forums.
        Ce qui est triste c’est que j’incarne le prof du public en sachant et en ayant conscience de l absurdité de notre système et de la manière dont les savoirs sont enseignés et structurés dans la journée, la semaine etc…et je me dis que pour l’instant ce cadre me semble inchangeable. Alors j’essaye de changer ce que je peux dans ce cadre irréaliste… Et de faire réfléchir mes collègues. Certains sont plus ouverts que d autres: -)

        • Inchangeable… pas si sûr ! Je publierai d’ici mi-novembre une interview réalisée avec Sir Ken Robinson, l’auteur de « Changez l’école ! » Une interview pleine d’optimisme : pour lui, les enseignants comme vous font changer le système jour après jour et c’est grâce à vous que l’école bouge, même si parfois elle semble immobile 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *