Harcèlement scolaireJ’accueille aujourd’hui Jennifer, du blog Astuces bienveillantes, pour nous parler d’un sujet qui n’a plus sa place dans l’école du 21ème siècle : le harcèlement scolaire.

Quoi ?? Le harcèlement n’a plus sa place à l’école ? C’est pourtant encore une réalité pour beaucoup d’enfants me direz-vous. Peut-être même est-ce le quotidien de votre enfant ?

C’est tout simplement parce que l’école française a pris un énorme retard sur ce sujet.

Alors qu’aujourd’hui, partout dans le monde, des écoles mettent en place avec succès un climat qui fait disparaître progressivement le harcèlement, notre école française est encore largement dans la posture de l’autruche : bah, est-ce vraiment si grave ? est-ce que l’enfant harcelé n’en rajoute pas ? et est-ce que ce n’est pas un peu de sa faute ? et puis, le harcèlement, ça a toujours existé, c’est la fatalité ! Vouloir y mettre fin relève de l’utopie, non ? 

Non, ça ne relève pas de l’utopie. Oui c’est grave. 

Je laisse maintenant la parole à Jennifer, qui nous raconte une histoire qu’aucun parent ne souhaite pour son enfant. 

Le harcèlement scolaire est encore un sujet tabou.
Pourquoi ? Parce que pour commencer, le terme n’est employé par la population et les politiciens que depuis 2011. C’est donc plutôt récent.

Savez-vous exactement ce qu’est le harcèlement scolaire?

Selon la définition du site officiel de l’Administration Française, « il y a harcèlement scolaire lorsqu’un élève a des propos ou comportements répétés vis-à-vis d’un autre élève ayant pour but ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie. Ils se traduisent par une altération de la santé physique ou mentale de la victime ».

On peut le trouver sous forme de violences verbales (insultes, surnoms dégradants), physiques (bagarres, gestes agressifs), symboliques (mise à l’écart), d’appropriation (vol, racket).

Selon Wikipédia, trois critères permettent de définir le harcèlement scolaire:
« – Le ou les agresseurs agissent dans une volonté délibérée de nuire. Ce critère a toutefois été contesté, les enfants n’ayant pas nécessairement la même perception de l’intentionnalité que les adultes ;
– Les agressions sont répétées et s’inscrivent dans la durée ;
– La relation entre l’agresseur ou les agresseurs et la victime est asymétrique ».
Il est également intéressant de savoir qu’il y a plus de chance d’être harcelé au primaire qu’au lycée (12 % de harcèlement au primaire, 10 % au collège et 3,4 % au lycée selon l’Observatoire international de la violence à l’école en 2011).
Le 5 novembre, il y a la journée nationale de mobilisation contre le harcèlement. Il y a même un numéro gratuit (3020) pour aider les victimes et les établissements scolaires.

Où je veux en venir?
C’est simple, avec 1 enfant sur 10 victime de harcèlement, chacun d’entre nous a de fortes chances de côtoyer un enfant concerné.
Et je peux vous dire par expérience qu’il est très difficile de détecter lorsqu’un enfant se fait harceler. Souvent, ils n’en parlent pas (40% se taisent).

La différence à l’origine du harcèlement

harcelement-scolaire-differenceIl y a une dizaine d’années, j’ai rencontré un petit garçon victime de harcèlement scolaire. Il était en CP, il avait donc 6 ans.
A cette époque, jamais je n’aurais cru que cela était possible.
Comment ce petit garçon s’est retrouvé harcelé par ses camarades?
Simplement parce qu’il était un peu différent. Il ne faut pas grand chose pour être en position de se faire harceler.

En fait le petit garçon n’arrivait pas à s’endormir le soir et n’arrivait donc pas à se lever le matin, et cela depuis sa naissance. Résultat, il était souvent en retard, voir même absent s’il se réveillait vraiment trop tard.

Ses parents ont bien essayé de régler ce problème (depuis environ ses 2 ans) en allant consulter divers spécialistes (ostéopathes, généralistes, pédopsychiatres, neurophysiologistes, etc.) mais aucun n’a eu d’explication et encore moins de solution.

Si, en fait, certains ont suivi l’explication la plus logique pour eux: les parents appliquaient une éducation trop laxiste. Il fallait donc sévir.
Par dépit ils ont essayé d’être plus stricts mais ça n’a pas fonctionné.

Inutile de préciser que le harcèlement de ce jeune garçon ne l’a pas aidé à s’endormir plus tôt, bien au contraire. Non seulement il s’endormait de plus en plus tard (jusqu’a 5 heures du matin), mais en plus il a commencé à être très souvent malade, à devenir agressif et introverti. Il était donc de plus en plus souvent absent de l’école.

Ces absences et ces retards ont entraîné de sérieux problèmes avec l’école comme des convocations à répétition par la directrice, le maire de la commune et même l’inspection académique s’en est mêlée. Bien sûr, personne ne voulait comprendre le problème du petit garçon qui malgré tout, arrivait à garder le niveau.
Et bien sûr, ces problèmes « administratifs » plus l’incompréhension générale stressaient beaucoup la famille. Stress qui rejaillissait sur le petit garçon.
Ses parents ont cru pendant 2 ans que c’était cette situation qui aggravait l’état de santé de leur fils et qui faisait qu’il s’isolait de plus en plus.
Ils cherchaient désespérément une solution pour que leur fils s’endorme normalement.

Le harcèlement mis à jour

Puis au bout de 2 ans, la situation a été révélée au grand jour.
Comment? Suite à une énième convocation de la directrice. Mais cette fois, ce n’était pas pour les absences mais pour le comportement insultant du petit garçon. Il s’était enfermé dans les toilettes pour échapper à ses harceleurs et ne voulait plus en sortir. Le personnel qui insistait pour le faire sortir se vit se faire traiter de tous les noms par le petit homme qui avait enfin trouvé le moyen d’être tranquille.
Vous vous faites taper dessus, insulter toute la journée, personne ne vous soutient ou vous aide et on vous force à sortir du seul endroit où vous êtes en sécurité. Je pense que vous ne vous seriez pas laissé faire non plus…

Bref, cela a permis au petit garçon de raconter à ses parents ce qu’il vivait depuis maintenant 2 ans (violences verbales, physiques et exclusion).

Le papa et la maman se sont battus pour expliquer le calvaire de leur fils à l’école, à la mairie, mais personne ne les a cru. Pour eux, ce n’était que des chamailleries entre gamins, comme il y en a toujours eu. Ils ont même continué à le punir pour ces histoires (et les punitions ne servent pas à aider les enfants, voir cette vidéo sur les punitions: http://astuces-bienveillantes.com/videos/).

Ils ont donc changé d’école.
Rapidement, le petit garçon se retrouvait encore harcelé. Après plusieurs tentatives d’explications à l’école qui s’est montré plus attentive que l’ancienne, aucune amélioration n’a été constatée.
Ils l’ont encore changé d’école. Rien à faire. L’enfant se trouvait toujours victime de harcèlement.

Pendant ce temps, les parents consultaient toujours des spécialistes pour comprendre les problèmes de sommeil de leur fils. Et eurêka, ils finirent par trouver. Personne n’y avait jamais pensé et c’était si simple: le petit garçon avait simplement des rythmes biologiques différents des autres. Il était donc très important de respecter ces rythmes pour garder une santé physique et psychologique normale.
Ceci a été reconnu comme un handicap, puisqu’il ne pouvait pas s’adapter aux rythmes scolaires.

Il a donc été retiré de l’école. Au moins, les histoires de harcèlement allaient être terminées, enfin.

Graves séquelles

harcelement-scolaire-sequellesOui, sauf qu’en fait ce n’est pas si simple.

C’est vrai que physiquement, tout allait mieux: le petit garçon a regrossi (car il était devenu maigre), il n’a plus été malade du tout et réussissait à s’endormir plus tôt.

Physiquement c’était mieux.

Mais pas psychologiquement.

Après presque 5 ans (étalés) de harcèlement, les séquelles étaient, et sont toujours importantes.

Sa vie sociale est catastrophique et inquiète beaucoup son entourage.
Il ne sait pas du tout comment se comporter en société. Il est maladroit, mal à l’aise et du coup passe pour un idiot à chaque fois. Tout le monde se moque de lui dès qu’il arrive quelque part. Ou alors ils ont pitié.

Seul les gens qui le connaissent bien arrivent à le comprendre.
Je parle au présent parce que aujourd’hui il a 14 ans et le problème est toujours là. Même sur internet (jeux), il arrive à avoir des problèmes.
Où qu’il soit, quoi qu’il fasse, c’est toujours la tête de turc.
En même temps, cela semble logique puisqu’il n’a jamais appris autre chose qu’à être en position de victime.
Tout le monde est très inquiet pour son avenir.

Les parents cherchent comment lui apprendre la vie avec les autres par diverses thérapies. Pour le moment, rien n’est concluant.
A 14 ans, il commence à s’intéresser aux filles… peut-être que ça va l’aider à dépasser ses problèmes de vie sociale… En tout cas c’est ce qu’espère son entourage.

Je vous raconte cette histoire parce que j’ai été choquée (au delà du fait que des gosses de 6-7 traumatisent d’autres gosses) par le personnel de l’école qui n’a rien vu, aucun spécialiste non plus. Pire encore, lorsque le pot aux roses a été découvert, personne ne l’a cru.
Ils ont préféré faire culpabiliser les parents, raconter que le petit garçon faisait du cinéma, bref, que la situation était dramatisée.
Heureusement que les parents ont eu confiance en leur enfant.
Au final, la médecine scolaire a reconnu le harcèlement plus de 3 ans plus tard, parce que dans l’école les harceleurs ont trouvé une autre tête de turc et que la situation a gravement dégénéré…
C’est vrai, il y a 10 ans, on ne parlait pas de harcèlement scolaire.
Mais aujourd’hui, oui. Et pourtant, pour cet enfant, rien n’a changé. Ses parents ont arrêté de raconter cette histoire car les gens pensent souvent qu’ils exagèrent, qu’il ne « faut quand même pas parler de harcèlement », « faut pas abuser non plus », « les gosses entre eux sont justes méchants ». Ils doivent même parfois montrer les certificats médicaux attestant des bleus pour prouver qu’ils n’exagèrent rien. Ce n’est pas normal.

Le harcèlement scolaire n’est toujours pas rentré dans les mœurs. Pourtant il touche trop d’enfants et laisse trop de séquelles pour l’ignorer et penser que ça n’arrive qu’aux autres.

Comme dirait la maman: « si tu ne rentres pas dans le moule, ils essaient de te couper la tête pour t’y faire rentrer ».

Jennifer du blog http://astuces-bienveillantes.com/, rejoignez-nous aussi sur facebook (https://www.facebook.com/AstucesBienveillantes)

Comment ça se passe chez vous ?

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8 comments on “« Harcèlement scolaire… t’exagères pas un peu ?”

  1. Bonjour,
    Je suis maman de 3 enfants de 13,17 et 19 ans.
    Ma fille aînée à subi le refuse de devoirèlement scolaire durant 8 longues années sans que personne ne nous vienne en aide (instits, profs, directeur, académie, mairie et même les gendarmes nous ont rient aux nez !)
    Pourtant les choses sont allées très loin. Au collège j’avais même peur pour sa sécurité et je surveillait chaque jours qu’elle n’ai pas de pensées suicidaires. Nous avons vécu l’enfer ! Et oui ce qu’ il faut comprendre c’est qu’au delà de l’école le calvaire se prolonge car les séquelles sont toujours là. Ma fille à abandonner ses études à 17 ans et aujourd’hui elle a choisi un mode de vie marginale , déclarée sdf, elle fuit la société et refuse consciemment de s’ intégrer. Elle refuse de devoir ou de donner quoi que ce soit à cette société qui l’a si longtemps abandonnée.
    Le harcèlement est un calvaire que l’enfant et toute sa famille porte durant toute une vie !

    • Bonjour Laurence,

      Merci pour votre témoignage.

      Votre expérience montre douloureusement que le harcèlement scolaire, ce ne sont pas des « gamineries ». Ce sont des violences, dont les enfants gardent les traces dans leur vie adulte 🙁

      A bientôt,
      Magali.

  2. Mon fils, qui a aujourd’hui 20 ans, a été victime de harcèlement scolaire lors de son année de CM2. Souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette (tics, TOCs) mais aussi de troubles du comportement et d’hyperactivité, il a toujours été un enfant « difficile », à la maison comme à l’extérieur.
    Pendant le 3è trimestre, une bonne partie de sa classe, dont son meilleur copain, se sont ligués contre lui pour l’isoler et se moquer. Lui toujours très actif pour rejoindre les autres, je le voyais raser les murs pour rejoindre la classe et ne pas arriver à me lâcher le matin. L’enseignante m’a expliqué au départ que ce n’était rien de grave, puis qu’on lui faisait payer ce qu’il faisait aux autres (bien fait ?) et enfin, qu’en fin de CM2, les élèves ne sont plus gérables dès lors qu’ils sont admis à passer en 6è.
    J’ai bien compris que cette attitude reflétait sa difficulté à gérer la situation et probablement un peu la frustration qu’elle ressentait à ne pas pouvoir « gérer » mon fils. Elle a essayé de régler la question en groupe, puis son collègue le directeur a pris individuellement les meneurs et un samedi matin, j’ai été pousser un coup de gueule devant les enfants à la sortie des classes. Nous avons poussé un grand soupir à la fin de l’année.
    Mon fils a intégré un institut médico-social l’année suivante mais cela reste une plaie ouverte dans sa mémoire (et dans mon coeur !). Effectivement, en 2006, on parlait peu de harcèlement scolaire.

    • Bonjour Agnès,

      Merci pour votre témoignage.

      Les dégâts que cause le harcèlement, à un âge où les enfants sont en pleine construction de leur relation aux autres, sont terribles 🙁 Il est essentiel que nous (parents, enseignants, administration) en prenions conscience.

      A bientôt,
      Magali.

  3. Merci Magali pour cet article qui fait écho à ce qu’a vécu pendant quelques semaines notre plus grand en CM1 l’année dernière.

    Nous racontons le déroulement des opérations ici : http://les-parents-positifs.com/cest-rien-je-suis-tombee-harcelement-scolaire

    Il est important de préciser que le ministère de l’éducation semble avoir pris la mesure du problème en mettant en place un site web informatif (http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/) et un numéro de téléphone gratuit : le 3020.

    J’ai moi-même été harcelé à plusieurs reprises à l’école primaire, au collège et au lycée. Je m’en suis sorti en appliquant, sans le savoir à l’époque, la méthode qu’enseigne Emmanuelle Piquet qui a d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet et dont voici 2 vidéos :
    https://youtu.be/iMGLy-juSxw
    https://youtu.be/HJ-nidBOHbA

    Voici aussi une autre vidéo que j’aime beaucoup sur ce sujet (avec Patrick Bruel) : https://youtu.be/H2Ye54hj5bU

    J’ai de la compassion pour Agnès, Laurence, Jennifer (et leurs enfants) qui nous racontent leurs histoires ahurissantes tellement on a l’impression que « tout le monde se fiche de l’enfant harcelé ».

    Point très important, c’est de continuer à communiquer avec son enfant, de vérifier que tout va bien et qu’il s’épanouit dans son école au lieu du contraire. L’enseignante de notre fils n’avait pas remarqué non plus qu’il était harcelé et elle est tombée de haut lorsqu’elle l’a appris. Pourtant, elle a vraiment assuré ensuite et tout est rentré dans l’ordre depuis.

  4. Bonjour, et merci pour cet article.

    Je suis bien d’accord que l’école française est très en retard, mais les mentalités des adultes sont aussi à changer.
    Au-delà du harcèlement scolaire que même nos enfants, et plus particulièrement nos ados, tendent à minimiser, je suis particulièrement atterrée par la violence ordinaire qui règne dans les collèges.
    Si l’enfant n’est pas agressif, il risque de se faire agresser. C’est un « mode de vie », un « mode de penser ».

    L’enfant différent, car il a seulement la mauvaise idée de s’exprimer correctement ou d’aimer lire est mis à l’écart au mieux, stigmatisé et agressé au pire.

    Les parents à qui j’essaie d’en parler ont tendance à faire l’autruche avec des « Je ne me mêle pas de leurs histoires » ou « C’est normal à cet âge » .

    Je crois qu’il y a beaucoup de rééducation à faire de ce côté-là. C’est ce que j’essaie d’inculquer à mes enfants.

    Carole.

    • Bonjour Carole,

      Merci pour ton analyse !

      En tant que parents, nous pouvons faire un petit exercice très simple. Quand notre enfant ou notre ado nous raconte une histoire de l’école, transposons-la dans notre environnement professionnel : Est-ce que c’est pas grave si mes collègues ne me disent pas bonjour le matin ? Si mon voisin de bureau me traite de con…rd ?

      Nos enfants sont exactement comme nous, en plus sensibles car ils ont moins de ressources que nous pour prendre du recul 😉

      A bientôt,
      Magali.

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