J’ai le plaisir d’accueillir cette semaine Blandine, du blog Familles Connectées. Si vous ne le connaissez pas encore, je vous conseille son blog qui fourmille d’idées pour organiser votre vie de famille, mieux comprendre nos enfants et communiquer avec eux.

Cette semaine, Blandine nous propose de réfléchir un instant sur les traditions que nous transmettons à nos enfants : transmettre les traditions, bien sûr ! Mais comment ? Quel message voulons-nous réellement passer ? Blandine fait le point sur les messages positifs que contiennent les traditions les plus populaires et sur les pièges à éviter ! 

 

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Déguisement

« Parce que c’est la tradition ! » Qui n’a jamais entendu, enfant, cette réponse sans appel à une question posée à propos d’une pratique étrange ?

Les traditions, et a fortiori les fêtes traditionnelles, les adultes se font une joie de les transmettre aux enfants.

Tradition vient d’ailleurs du latin TRADERE qui signifie « transmettre ».

C’est une façon pour nous de léguer une sorte d’héritage, qui identifie notre culture, notre histoire. A l’échelle d’un pays, d’un peuple, d’une famille elle agit comme une mémoire collective.

On la transmet parce que ça se fait, c’est d’usage de le faire. Et avec elle, on fait renaitre un peu de notre enfance.

Mais ne serait-on pas tentés justement de faire vivre certaines traditions par habitude et sans se soucier du bien-fondé de celles-ci ?

Si je pose la question c’est que j’ai vécu des pratiques festives célébrées au nom de la tradition, dont la pertinence éducative était plus que doûteuse.

Alors, pour ne pas être tentés de reproduire à notre tour ces comportements maladroits, je vous propose de passer en revue 5 traditions festives et les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber en les célébrant.

1ère tradition : La fête des mères

A éviter :

« Faire préparer » un cadeau de fête des mères à des enfants de 18 mois, qui n’en ont pas la compétence

Cet exemple vient d’une histoire que Christine Schuhl (1) nous a racontée avec beaucoup d’humour lors de l’une de ses conférences intitulée « Douces violences en petite enfance ». Il est également retracé dans son livre « Vivre en crèche : Remédier aux douces violences ».

L’objectif de la conférencière était de nous faire réfléchir au sens éducatif de nos actes en s’appuyant sur son expérience de travail en crèche.

Une année il avait été décidé dans la crèche où elle intervenait de faire faire aux enfants un bougeoir en guise de cadeau de fêtes des mères. Ce bougeoir était fait d’un pot, recouvert de morceaux de papiers collés, rempli de sable et dans lequel était plantée une bougie.

Devant la complexité des tâches à réaliser par des tout-petits, les professionnels réalisaient eux-mêmes plus de la moitié de l’activité. Double effet négatif: 1) Le cadeau n’était pas vraiment celui de l’enfant et 2) pendant que le (la) professionnel (le), s’occupait du bricolage, il (elle) ne s’occupait pas de l’enfant. Un certain nombre de questions se sont posées au sein de l’équipe.

Où est l’intérêt de l’enfant ? Quel sens a ce choix pour l’enfant ? Est-ce en accord avec ses compétences réelles? Jusqu’où puis-je imposer une activité et en attendre un résultat ?

A privilégier :

Faire faire une activité à l’enfant en rapport avec ses compétences et son âge.

Quand il est tout petit, replacer l’enfant au centre des préoccupations de la crèche : l’éveil des sens, son bien-être, sans se focaliser sur le résultat du bricolage. Eventuellement sans préparer de cadeau si ça n’a pas de sens pour l’enfant. Expliquer la démarche aux parents.

Ou attendre qu’il soit plus grand pour lui faire faire des cadeaux de fête des mères plus sophistiqués.

Privilégier un message d’encouragement venant de l’entourage : « Merci d’être la maman que tu es ». C’est très simple, mais ça fait tellement de bien qu’il ne faut pas le négliger.

2ème tradition : Olentzero

Olentzero
Le charbonnier Olentzero

Basque d’adoption, je n’ai découvert cette tradition que sur le tard.

Et ce n’est qu’en tant que membre de l’Association des Parents d’Elèves de mon école que je me suis retrouvée un beau jour confrontée à la fête d’Olentzero.

Olentzero est un personnage traditionnel basque :

On dit que c’était un charbonnier qui descendait de sa montagne une fois par an, aux alentours du solstice d’hiver pour annoncer le retour prochain du soleil et l’éveil de la nature.

Il distribuait des morceaux de charbons aux familles, qui appréciaient ainsi de trouver de quoi se chauffer en attendant les beaux jours.

Aujourd’hui, la tradition a évolué et les enfants ont l’habitude de voir le charbonnier basque distribuer des bonbons. Il porte encore un sac chargé de charbon et en distribue parfois des morceaux aux « enfants pas sages », réservant les bonbons aux « enfants sages »

A éviter :

Utiliser Olentzero comme un moyen pour appuyer sur les comportements difficiles de certains enfants de 4-5 ans et induire l’idée d’une punition ou d’une humiliation en public

Dans l’expérience que j’ai vécue, les enfants étaient alignés les uns à côté des autres et à la question d’Olentzero « Qui n’a pas été sage ?», la maitresse, en guise de réponse, a pointé certains enfants du doigt en disant « toi ! Viens chercher ton morceau de charbon »…

Certains s’exécutaient en pleurant, d’autres riaient jaune. Quel choc et quel intérêt ?

Cette scène m’a particulièrement marquée. J’étais venue partager un moment de fête avec les enfants en prenant des photos. A la tournure que les choses ont prise, j’ai tranquillement éteint mon appareil photo. Et j’ai essayé tant bien que mal de dédramatiser la situation en faisant des sourires ou des clins d’œil aux enfants pointés du doigt.

La psychothérapeute Alice Miller n’a pas manqué de relever ce comportement maladroit des adultes lors d’une autre fête : celle de la Saint Nicolas, célébrée le 6 décembre dans les pays du nord et de l’est de l’Europe et également dans le nord et l’est de la France.

Dans son livre La Connaissance Interdite (2), elle nous rappelle que Saint Nicolas était un évêque qui distribuait de la nourriture aux pauvres. Aujourd’hui, durant sa fête, le personnage de Saint Nicolas distribue des bonbons aux enfants sages tandis qu’à ses côtés le père fouettard terrifie les enfants en les menaçant de coups de fouet. L’auteure dénonce le détournement de l’histoire par les parents qui en ont fait une fête punitive, instrumentalisant Saint Nicolas pour en faire un éducateur d’enfants.

A éviter également :

Inciter les 8-9 ans à utiliser les transgressions comme valorisation sociale dans la classe, comme nous met en garde Isabelle Filliozat (3) dans sa conférence « Pour une éducation positive ». L’enfant qui manque de lien à la maison car ses parents sont peu présents ou lui manifestent trop peu d’attachement, cherche à trouver du lien ailleurs auprès de ses copains de classe en désobéissant aux adultes. « En me faisant remarquer, j’attire l’attention des copains. Je désobéis et je travaille mal pour améliorer mon statut social à l’école. Moi j’ai eu un charbon moi ! »

A privilégier :

Reconnaitre qu’on a tous un côté sombre, l’identifier et en rire avec Olentzero ou le père fouettard.

Si Olentzero demande « Qui n’a pas été sage ? ». On peut répondre « Personne Olentzero : tout le monde est sage dans ma classe ! » ou encore : «  Ah ben tous! Ils me font tous des blagues sans arrêt. Et moi aussi je leur en fais. On doit tous avoir un morceau de charbon »

3ème tradition: la petite souris

Lorsqu’un enfant perd une dent de lait, il doit la placer sous son oreiller. La nuit suivante, « la petite souris » remplace la dent tombée par une pièce.

A éviter :

Utiliser la petite souris comme un moyen de pression: « la petite souris n’apporte que des pièces en échange d’une belle dent, sans carie. C’est pour ça que tu dois bien te brosser les dents ».

Eviter de mêler la petite souris qui n’a rien demandé, à la dispute du brossage de dent.

A privilégier :

Laisser l’histoire de la petite souris le plus simple possible. Elle aide l’enfant à mieux vivre la perte de sa dent, de même que les autres croyances imaginaires permettent à l’enfant de supporter les difficultés de la réalité extérieure. La magie favorise son imaginaire et lui permettra plus tard de développer sa créativité.

Pour inciter les enfants à se brosser les dents et en faire une habitude, commencer dès l’apparition des premières dents pour l’habituer au contact et au rituel de la brosse. Quand il est plus grand, lui proposer chaque soir de commencer par brosser les dents d’une de ses figurines avant de s’occuper des siennes.

4ème tradition : le père Noël

A éviter:

Se servir du père Noël pour faire du chantage. « Le père Noël voit tout. Il sait ce que tu fais. Il voit si tu n’es pas sage. Et il n’apporte que des cadeaux aux enfants sages, alors attention à ton comportement. »

Eviter aussi de vouloir à tout prix que son enfant rencontre le père Noël, voire pire, qu’il se fasse prendre en photo sur ses genoux alors qu’il n’en a pas du tout envie.

A privilégier :

L’idée d’un monde de générosité sans contrepartie, au moins le temps d’une nuit.  Le père Noël représente une image puissante, bonne et généreuse pour l’enfant qui a besoin de croire en de bonnes représentations, positives pour son imaginaire. « Le père Noël connait tous les enfants et les aime tous de la même façon. Tous les enfants ont droit à un cadeau.  »

Privilégier aussi un père Noël qui se crée dans l’imaginaire de l’enfant grâce à des livres, plutôt qu’un personnage mal déguisé et effrayant

5ème tradition : le carnaval

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Maquillage de carnaval

Les carnavals sont des évènements pratiqués en Europe et en Amérique, entre l’Epiphanie (le 6 janvier) et mardi-gras (la veille du début de la période du carême).

Les habitants de la ville sortent déguisés, dansent et font la fête au son de la musique.

A éviter :

Vouloir déguiser à tout prix un enfant de moins de 3 ans

Se déguiser, se maquiller, cela ne va pas de soi pour un jeune enfant. En fait, Jusqu’à 3 ans, et même plus tard pour certains enfants, l’identité n’est pas définitivement constituée.

Pour cette raison, il est extrêmement compliqué pour l’enfant de se retrouver « transformé » en quelqu’un d’autre. Certains ne supportent pas de se voir ainsi dans le miroir.

Cela est d’autant plus difficile pour l’enfant si c’est l’adulte qui le déguise, sans prendre le temps de lui expliquer et d’avoir son adhésion.

Il en est de même pour le maquillage : découvrir tout à coup dans la glace un lapin, un tigre ou un pirate peut être choquant pour un petit enfant.

A privilégier :

Garder en tête quelques règles de prudence et porter une attention particulière au respect de l’enfant.

  • Déguisement : commencer par des déguisements très simples, (qui ne couvrent pas tout le corps ou le visage : pas de masque ou de combinaison « intégrale »…), ou par des accessoires : chapeaux, lunettes, chaussures. Permettre à l’enfant de choisir son déguisement et lui proposer un miroir.
  • Maquillage : si c’est l’adulte qui maquille l’enfant (avec son accord), il doit le faire aussi devant le miroir, afin que l’enfant suive sa « transformation ». Cependant, comme pour les déguisements, il est souhaitable d’en rester à des choses simples pour de très jeunes enfants. Parfois, un nez rouge et deux traits sous les yeux suffisent largement à cet âge.

Comment ça se passe chez vous ?

Se questionner sur la pertinence d’une tradition, c’est aussi être conscient que nous devons encourager nos enfants à s’interroger sur le monde qui les entoure, remettre en questions certains dogmes en fonction des circonstances, avoir un esprit critique pour ne pas se laisser influencer aveuglément, garder sa liberté.

Transmettre un héritage, fêter une tradition, oui, tant que ça n’enferme pas dans le passé mais permet aussi de se projeter dans l’avenir.

Et vous ? Quelle tradition aimez-vous transmettre à vos enfants ? Partagez votre expérience dans les commentaires !

 

(1) Christine Schuhl est éducatrice de jeunes enfants, Montessorienne, diplômée en Sciences de l’éducation, universitaire. Elle est depuis 5 ans, Conseillère Pédagogique Petite Enfance dans plusieurs établissements et rédactrice en chef de la revue Les métiers de la petite enfance.

(2) Alice Miller (1923-2010) est une doctoresse suisse en psychologie, chercheuse sur l’enfance, auteur de nombreux écrits sur la  » pédagogie noire « , qui justifie hypocritement la violence éducative au nom du bien de l’enfant.

(3) Isabelle Filliozat est psychothérapeute et auteure. Elle a écrit de nombreux livres sur le thème de la parentalité pour une approche empathique de l’enfant.

 

Crédit photo : stockvault, Olentzeroren-lagunak, stockvault

5 comments on “5 pièges à éviter quand on fête les traditions”

  1. Merci Magali. C’était très intéressant.
    En ce qui me concerne, je ne vois pas le père Noël ou la petite souris comme des traditions mais comme des contraintes sociales qui m’ont été en quelque sorte imposées pour mes enfants (mari, famille, école…). Je ne nie pas le plaisir, le bonheur même des enfants après le passage de l’un ou de l’autre, mais si dès le départ, on avait parlé d’une « tradition » de cadeaux offerts par les parents à Noël et quand une dent tombe, cela aurait été aussi heureux pour les enfants, y compris le fait de le mériter pour avoir été sage. Point besoin de fables prétendument réelles. La magie, on la trouve dans les livres, dans tout plein d’autres choses.
    A la lumière de ce qui est dit dans cet article, je réalise que justement ces « traditions » créées de toutes pièces ou à partir d’une vraie base culturelle ou religieuse (pour le père Noël ou Saint Nicolas), sous couvert de faire rêver les enfants, sont bien pratiques pour se décharger d’une part de la responsabilité parentale (si tu n’es pas sage, moi je ne sais pas te gérer, te dire non, te cadrer, mais le père Noël ne passera pas…).
    Mais, ce n’est, selon moi, rendre service ni aux parents ni aux enfants que d’obliger les adultes à trouver des explications (à mentir aux enfants, on n’est plus dans la beauté de l’histoire) à la moindre entorse à la tradition : Et pourquoi le père Noël n’offre pas de cadeaux aux enfants pauvres (nous habitons en Afrique…), et pourquoi il faut être raisonnable sur les prix du catalogue de jouets en faisant sa liste, alors que c’est le père Noël qui offre, donc c’est gratuit ? Et pourquoi, la petite souris donne plus à mon copain qu’à moi ? Et pourquoi mon copain américain, il ne connaît pas la petite souris mais il parle d’une fée des dents (mes enfants vont dans une école internationale) ? Autant de situations dans lesquelles, une fois le doigt mis dans l’engrenage, il faut déployer des trésors d’inventivité pour expliquer sans casser le mythe et sans « trop mentir » non plus.
    Pas mieux pour les fêtes « obligées » : obligés de fabriquer un cadeau de fête des mères, obligé de se déguiser pour faire comme les autres, ou pour la photo… Je n’appelle pas cela des traditions, j’appelle cela de la pression sociale, et celle-ci vient souvent de l’école…
    Cela étant, je trouve très judicieuse l’idée de maquiller ou de déguiser les jeunes enfants devant un miroir pour qu’ils apprivoisent progressivement leur transformation. Et très pertinente la notion de « douces violences ».

    Enfin, en matière de « tradition », ce que j’aime le plus transmettre à mes enfants, ce sont des plats et des desserts que me faisait ma défunte maman quand j’étais petite.

    Sophie

    • Bonjour Sophie,

      Merci pour cette grille de lecture de l’article ! Je fais suivre votre commentaire à Blandine, il me semble que vous êtes toutes les deux bien d’accord sur les pièges à éviter quand on célèbre les fêtes traditionnelles 🙂

      Pour ma part, je partage entièrement votre refus que les personnages des fêtes (le Père Noël…) soient un prétexte à se décharger de notre « mauvais rôle » de parents, celui de dire « non ». Dire à son enfant « si tu n’es pas sage, le Père Noël ne passera pas », c’est à mon sens se priver du message essentiel de Noël : la célébration du don gratuit. Un point que je développais plus en détail dans cet article :
      « Maman, le Père Noël, il existe pas ! »: Au secours, je réponds quoi ?

      A bientôt sur Parents du 21ème siècle,
      Magali.

    • Merci pour votre témoignage Sophie
      Votre commentaire me laisse penser que vous avez pris suffisamment de recul pour vous faire une opinion sur ce que vous estimez bien ou non pour vos enfants, loin de toute contrainte sociale. En ça, je peux dire que vous ne tombez pas dans le piège.
      Il est vrai que, dans nos affabulations de parents on se retrouve parfois « piégés » par des questions de bons sens auxquelles on a bien du mal à répondre.
      Cependant je constate aussi, que parfois les enfants ne demandent qu’à croire à des mondes merveilleux de générosité, de magie, d’égalité et qu’ils en créent eux-mêmes dans leurs histoires. De mon expérience, je me suis aperçue dans mon corps et mon esprit d’adulte que cela m’a fait parfois le plus grand bien de me laisser embarquer par eux dans leur univers en faisant fi de tout raisonnement logique parce qu’au fond, ils nous ramènent ainsi à des valeurs pures non corrompues par l’expérience de la vie.
      L’essentiel est de les respecter, sans autoritarisme, sans « adultisme » ou rapport de pouvoir pour ne partager ensemble que la beauté des traditions.

  2. Merci Blandine pour cet article très pertinent, et merci à Magali pour le partage.
    Il existe également dans de nombreuses familles une confusion entre religion et tradition, ce qui peut parfois laisser perplexe … Quand des familles qui s’unissent ont une origine géographique différente, cela devient parfois compliqué 😉
    Il est important d’expliquer cela à nos enfants pour leur apprendre à être ouvert aux autres d’une part, et de s’approprier la tradition familiale ou culturelle. Car c’est de la diversité que nait la richesse.

  3. En effet Carole, merci de soulever ce point. Ca pourrait être le sixième piège: l’intolérance
    A éviter: Enfermer nos enfants dans une pratique culturelle qui leur laisse croire que ceux qui ne la pratiquent pas ont moins d’importance, moins de valeur
    A privilégier: Pour chacune de nos traditions, montrer aux enfants ce qui se fait dans les autres cultures et en discuter avec tolérance

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